Corinne Jeanson
Ainsi la solitude
t'accompagnerait. Tu serais lointain et vorace, tu aurais le sourire crispé de
celui qui doute, la main en poing dans la poche noire et la chevelure drue,
signe de ta force. Tu serais, ce jour, assis sur un banc d’un square désert. Il
ferait froid et gris, les passants passeraient rapides pour retrouver la chaleur
de leur foyer. Tu resterais là. A l’envers de tout. Cet après-midi, ce serait
derrière la vitre embuée d’un café bruyant que tu te tiendrais, à boire de
l’alcool, à rêver dans ce décor superbe de boiserie et de plâtre. Ou serait-ce
le hall en écho d’une gare étrangère quand le bar est encore fermé, que les
voyageurs de la nuit, épuisés, le visage gris, attendent leur correspondance
avec les ouvriers du petit matin. Tu lirais les titres d’un journal de la
veille, oublié. De quelle chambre viendrais-tu, toi sur ce banc ? Quels seraient
tes désirs sous tes silences ? Quelle maison aurais-tu quittée pour te plonger
dans la fumée des autres ? Quel pays aurais-tu rejoint ce matin-là ? Et ce soir
tu quitteras ce monde pour marcher sans fin sur les routes.