Un fantôme

Stéphane Paul Prat

 



Dans le vacarme assourdissant du métro qui traversait à toute allure les entrailles de Paris, une ombre surgit au milieu d’une foule encore toute ensommeillée…
Il était six heures du matin et les passagers, voyageurs blasés par l’éternel recommencement de leur vie monotone, affichaient tous des figures sombres et des regards vides.
Ces morts-vivants là restaient emprisonnés dans leurs songes ou dans leurs soucis. Certains regrettaient ce qu’ils avaient laissé derrière eux tandis que d’autres s’illusionnaient de ce qu’ils accompliraient dans les heures suivantes. Vains efforts pour de vaines existences. Leurs esprits se débattaient encore face au courant de la vie qui les emportera jusqu’à la tombe.
Et, presque invisible parmi ces êtres disciplinés et guidés par le silence, s’avançait avec lenteur le fantôme. Sur son chemin, il bredouillait une litanie que bien peu était capable de comprendre…
Certains passagers, plus humains que leurs semblables esclaves de leurs vies égoïstes, paraissaient entendre l’appel désespéré du revenant. Mais combien étaient-ils à se boucher les oreilles ? Méfiance, indifférence, répugnance… Et dire que cet être ne sollicitait qu’un geste d’humanité !
Ne devrions-nous pas tous poser un regard de compassion sincère sur ce spectre suppliant qui se faufile chaque jour entre nous, tête basse, humilié par la vie, rejeté par ses semblables ? Après tout, lui aussi prenait place, il n’y a pas si longtemps, à nos côtés…

Ce n’était pas la première fois que je voyais ce visage là dans le train. Le vieil homme semblait plus triste et malade que jamais ; aussi, je suivais sa progression dans la rame de métro avec une émotion plus intense. Ce matin-là, personne ne semblait disposer à faire un geste.
Alors qu’il était presque arrivé jusqu’à mon niveau, je lui fis un signe de la tête tandis que je plongeai la main dans ma poche. A ce spectacle, son visage parut s’illuminer d’une pâle joie.
Alors que le train ralentissait pour entrer en gare, je tendis au vieillard une main remplie de quelque monnaie dénichée au fond de mes poches. Quelque chose d’étrange se produisit… Les lumières vacillèrent et je crus voire au même instant l’image de l’homme en faire autant. Une pluie de tintements. Je sursautai et regardai, sidéré, les pièces métalliques tombées au sol …
Le mendiant avait littéralement disparu sous mes yeux… Tel un mirage ou plutôt tel un fantôme !


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