L'auteur :  Mary Rissel

 

Née quelques années après la guerre (la seconde !) dans une famille très modeste, une seule alternative s'offre à moi pour espérer sortir du carcan : être une bonne élève. Car les études sont un luxe que mes parents ne conçoivent pas de m'offrir, pas davantage qu'à mes six autres frères et soeurs. Cependant, à force de ténacité, d'arguments et la complicité de l'institutrice, j'entre au collège, puis au lycée. L'université ? Non, là, ce serait trop ! Mon dossier d'inscription plonge donc illico dans la poubelle et je fais mes premières expériences dans un laboratoire de recherche médicale.


Je suis emplie d'illusions quant à la noblesse de la tache à accomplir -de son infinité, aussi- et de l'esprit qui anime forcément les chercheurs et ingénieurs du domaine. Je m'y donne avec foi, abandonnant une écriture ébauchée lors de mes années de pension.

 

 Tout en exerçant mon métier, je prépare une thèse pour obtenir le diplôme de l'Ecole Pratique des hautes Etudes et je passe un concours pour devenir ingénieur. Je suis d'autant plus heureuse que je rencontre Jacq avec qui je fais deux enfants, Aurel et Jul, aujourd'hui étudiants.

Alors partagée entre ma petite famille, mes amis, le jardinage, le bricolage à la maison, le sport et bien sûr mon métier, le jour d'avère trop court. Pas question de sortir le crayon de son étui. Il faut bien dormir un peu !

Avec le temps, mon oeil mieux averti note les dérapages, les excès, le manque voire l'absence d'humilité de certains membres de la communauté scientifique. Un vilain jeu où les adeptes ne se distinguent ni par le grade, ni par l'âge. Les déceptions sont parfois cuisantes mais n'entament pas ma motivation. Comme elles n'occultent pas le mérite de ceux qui sueraient sang et eaux pour la Connaissance, nourrissant l'espoir d'améliorer le sort d'une poignée d'individus sinon de l'humanité toute entière.

L'écriture me manque souvent, autant dans les moments d'euphorie que de grisaille. Une sorte de creux que rien ne saurait combler. Mais pour écrire, j'ai besoin de solitude, de temps. La solution : travailler 4 jours au lieu de 5. Ce que je demande aussitôt.

Et voici 12 ans que j'ai réveillé mon crayon. J'ai publié un coffret intitulé "Tache d'encre" en 1998 chez Balle d'Argent. Ce coffret se compose de "Blanc comme Alban" (roman), "Les nouilles vertes" (roman) et "Hein !" (recueil d'histoires courtes). Egalement 2 nouvelles dans la rubrique Des écrivains prennent la  plume du quotidien Ouest France : "James Douille et Ratatine" en décembre 1998 et "Zed" en décembre 1999.

Dans mes tiroirs somnolent 4 manuscrits : "Macadam pervers" (roman), "Carton rouge" (roman), "Eich..." (roman) et "Turbulences" (recueil de nouvelles brèves). Sans doute apprécieraient-ils eux aussi de revêtir une vraie couverture mais je répugne tant à démarcher auprès des maisons d'édition ! Ma première publication ? Une chance extraordinaire. Une rencontre fortuite avec l'éditeur de Balle d'Argent. Début septembre 97, il part en vacances avec mes manuscrits dans sa valise. trois semaines plus tard, il m'annonce : je prends.

Un projet ? Rien de précis. Trois pages qui attendent une suite dont j'ignore tout. Car je n'échafaude jamais de plan. Le cadre, les personnages, les situations se dessinent et se décident au fur et à mesure que mon crayon répand son encre sur le papier. Comme si l'inspiration coulait de sa pointe. La Nuit. Pour une liberté bien particulière.