La recette du vin chaud

 (Texte publié dans la revue Marmite et Micro onde)

Sandrine Bettinelli

 

Les Français sont chauvins, c'est bien connu. Mais moi, j'aime les étrangers et surtout certaines de leurs spécialités. Je me suis exilée en Suisse et ici, il y a bien mieux, c'est le vin chaud ! Le vin chaud, c'est délicieux et surtout ça réchauffe quand il fait froid. En bref, ça a des vertus thérapeutiques, ça vous évite de mourir congelée sur place au milieu de la rue.
Donc, il n'y a aucune contre-indication (ou presque). Malheureusement, faut quand même consommer avec modération, surtout si on doit prendre le volant de la luge ou trouver la tige du tire-fesses quelques minutes après.
Toujours curieuse, j'ai voulu savoir comment préparer ce breuvage. J'ai acheté une boite d'épices pour vin chaud et j'ai testé pour vous.

Sur la boîte, il y a écrit ": Élaboré d'après une ancienne recette des pays froids, ce savoureux mélange accommode harmonieusement le vin chaud, le cidre, les jus ou tisanes de fruit". Si vous voulez qu'on reste amis, vous oubliez les jus ou les tisanes de fruit...

"Préparation : mettre une cuillère à soupe bien pleine pour 0,7 l de liquide" (moi, comme liquide j'ai mis du vin rouge, j'ai goûté d'abord pour voir si c'était du pas du mauvais. Il était bon mais pas trop quand même parce que ce serait dommage. Du bon, j'en ai aussi et j'ai goûté pour comparer. C'est vrai que ce serait bête. Bon, vous, vous faites ce que vous voulez. Ceux qui utilisent de la tisane sont priés de quitter la salle).

"Réchauffer le tout doucement (ne doit pas bouillir)".

Sagement, j'ai tout versé dans la casserole et j'ai réchauffé. Par prudence, je suis restée à côté et par curiosité, je me suis un peu penchée pour sentir l'odeur qui se dégageait. Ça a un fumet curieux le vin qui chauffe, un peu douceâtre, c'est pas désagréable et puis ça donne une pêche du tonnerre. Me suis mise à chanter des chansons traditionnelles genevoises, ce qui est curieux, c'est comme je vous l'ai déjà dit je ne suis pas d'ici et des chansons traditionnelles, j'en connais pas. Enfin, en faisant lalaîtou au refrain, je devais pas tomber bien loin.

"Laisser infuser 10 à 15 minutes" (oh la la, ça c'était long mais enfin, faut respecter les notices explicatives. J'en ai d'ailleurs profité pour exprimer toute ma reconnaissance à celle de la boîte pour son rôle si utile dans la société. C'est vrai quoi, il suffirait d'une petite erreur, d'une virgule mal placée et ça pourrait être le drame, le vin pourrait brûler ou bien s'évaporer et que me resterait-il pour me réchauffer, à moi, hein ? A boire de la tisane avec les rabats joie des premières lignes... Alors, madame la notice, vous avez tout mon respect).

"Et sucrer selon votre goût". A ce moment, là, je me sentais déjà bien assaisonnée mais j'ai quand même goûté pour vérifier, plusieurs fois même parce que j'arrivais pas à savoir si je préférais comme ça ou bien un peu plus sucré.
"Rajoutez si vous le désirez un jus de citron frais pour en arrondir le goût".

Le jus de citron, je l'avais déjà préparé mais finalement je l'ai laissé à côté. Je me sentais bien assez ronde comme ça. Si quelqu'un d'autre en voulait, il n'aurait qu'à le rajouter.

D'ailleurs, c'est à ce moment là que mon mari est rentré. Il a reniflé d'un air intrigué et m'a demandé : "Mais qu'est-ce que tu fais ?". Ce qui est marrant, c'est que son frère jumeau m'a répété exactement la même chose une seconde après. Là, je me suis fâchée parce que mon mari a un tas de frères mais je ne connaissais pas son jumeau. Alors je trouve que la moindre des choses aurait été qu'il se présente avant de me tutoyer. J'ai tourné le dos à ce malappris et j'ai répondu à mon époux. Enfin, j'ai essayé parce que je ne sais pas où il était passé et j'ai horreur de parler à quelqu'un que je ne vois pas :
-Je cuisine du vin chaud pour français chauvins tu vas voir c'est épatant c'est rien que du naturel et sur la boite y a écrit "réchauffe même les plus frileux".

Et moi, comme tout le monde le sait, surtout mon époux qui a eu l'idée de m'emmener dans ce pays où on se pèle le nez -mais qui a tout de même des recettes épatantes- je suis très très frileuse.
Là, le jumeau de mon mari (de quoi je me mêle ?) m'a fait remarquer qu'il était 15 h de l'après-midi, qu'on était au milieu du mois d'août et qu'on avait beau être en Suisse, dans un de ces pays froids, il faisait trente degrés à l'ombre.
- Pff, tu comprends rien, lui ai-je répondu, c'était une expérience culinaire.
Bon, mais après tout, s'il est 15h et qu'on est au milieu du mois d'août, c'est que c'est l'heure de faire la sieste, faut tout de même pas que je renie mes racines méditerranéennes. Alors, je te dis à demain, y a une carafe de citron aux épices qui marine dans la tisane de la cuisine. Faut consommer avec modération avant que ça ne refroidisse et surtout ne prends pas le volant de la luge pour monter sur le tire-fesses.

La prochaine fois, je vous parlerai de la fondue. C'est un plat épatant la fondue. D'abord ça se fait avec du bon vin blanc et puis avec on ne peut boire que du vin blanc (de préférence bon). Sinon, c'est mauvais pour la santé. Ça peut vous faire une boule de fromage dans l'estomac et après quand vous perdez votre pain et qu'on vous jette dans le lac, vous risquez d'avoir du mal à remonter.

Bien entendu, on peut aussi boire du thé chaud ou de la tisane mais bon, ce serait dommage de se fâcher maintenant.

Le problème, c'est que je ne connais pas la recette de la fondue. Mon mari, lui, il est de par ici et c'est un spécialiste mais je ne sais pas pourquoi, il ne veut pas me la donner.


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