Irisyne
Le ciel bleuté et profond, perforé par une pluie d'étoiles scintillantes comme
des éclats de diamant, s'étalait dans son immensité et cependant, ce n'était
qu'une minuscule fenêtre ouverte sur l'univers.
Tandis qu'à l'est, de nouveaux petits astres surgissaient sans cesse, à l'ouest,
d'autres disparaissaient par milliers. Certains se laissaient tomber brutalement
et griffaient la palette du ciel en une fraction de seconde.
Lorsqu’elles se dévoilaient, les nuits sans lune laissaient entrevoir une tache
laiteuse dans laquelle grouillaient des myriades d’étoiles lumineuses : la Voie
Lactée. Enroulée en spirale dans un disque recouvert de poussières d'argent, la
galaxie déployait ses larges bras autour de son ventre renflé.
A cette distance, les yeux des hommes ne pouvaient percer les secrets de
l'univers mais s'ils avaient pu en scruter les profondeurs, ils auraient
découvert une autre dimension qui ne peut se mesurer, l’illimité.
Au cœur de la Voie Lactée, un nuage de gaz et de poussières épaisses s’était
formé. De plus en plus dense, il se contractait et tout à coup, il s’effondra.
Lorsqu’il se déchira, il remplit l’atmosphère de boules compactes qui
s’allumèrent presque en même temps. Il venait de donner naissance à des milliers
d’étoiles.
Les nouveau-nés éjectés violemment débordaient de leur écrin précieux. Unis par
les lois de la gravité, ils tournoyaient les uns autour des autres dans une
danse étincelante.
Près de la moitié de la pépinière s’était regroupée en duos, en trios, voire
plus encore. Certains couples tournaient autour de leur centre de gravité
commun, d’autres se dissociaient et leur rapprochement n’était qu’une illusion
d’optique.
Si les étoiles avaient plusieurs vies, elles n’étaient pas éternelles. Les plus
chaudes rayonnaient dans le bleu, les plus froides se remplissaient de rouge et
lorsqu’elles avaient consommé toute leur énergie, elles s’effondraient en un
résidu blanc très dense.
L’histoire du monde se lisait sur la carte du ciel éclairée. A l’échelle
humaine, la lumière voyageait à 30 000 kilomètres seconde. Dans le cosmos, cette
vitesse était infime. Aussi, depuis la terre, l’univers observé grâce à de
puissants télescopes dévoilait sa naissance depuis le big-bang. Certains quasars
éloignés à 12 milliards d’années étaient toujours visibles.
En remontant le temps, les astrophysiciens avaient reconstitué l’existence du
monde, de la complexité des atomes jusqu’au refroidissement de l’atmosphère, de
la formation de la matière jusqu’à la création des galaxies.
L'univers réduit à la taille d'une tache opaque de quelques millimètres était
devenu une gigantesque bulle large de plusieurs milliards de kilomètres et plus
encore. Une énergie mystérieuse avait soufflé dans son enveloppe comme dans un
ballon. Puis, le gonflement s'était essoufflé et la bulle qui s’étirait à
l'infini ouvrait toujours les innombrables portes de l’espace.
L’univers s’étendait en permanence entraînant dans son expansion des galaxies
qui ne cessaient de se fuir. L’espace et le temps n’en finissaient pas de
grandir.
Au cours de leur vie, les étoiles ne tombaient jamais. Entraînées par le
mouvement de rotation perpétuel du système solaire autour du ventre replet de la
Voie Lactée, elles balisaient le ciel de feux multicolores.
Lorsque leur cœur éclatait, elles explosaient comme des feux d’artifice et
disparaissaient dans la “gueule” d’énormes trous noirs. Leur effondrement
engendrait la naissance d’autres étoiles car même dans l’espace, la vie
succédait à la mort.
Les astres défunts, en se désagrégeant, nourrissaient les nouveau-nés rassemblés
en pépinières. La terre, elle aussi, s’enrichissait des poussières d’étoiles
projetées dans le cosmos qui, après plusieurs mutations, se transformaient en
eau.
Le ciel possédait encore d’autres richesses insoupçonnées et peut-être la
réponse à ce mystère éternel qui échappe aux connaissances des hommes et à leur
entendement, l’origine du monde. Et si la vie naissait de l’éclat d’une étoile ?
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2007 -
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