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Dune blonde amante des souffles de hasard
J’avance, flots d’or d’éternité revêtus
Pourtant je n’amasse et je n’offre que fétus
Dune blonde amante des souffles de hasard
Mais tant d’aubes claires s’irisent tout là-bas
Et les vents m’emportent vers des lointains de nacre,
M’entraînent où flamboient des horizons lilas…
En moi fourmillent toujours mes espoirs têtus
Pourtant je n’amasse et je n’offre que fétus
Le tourment de ma soif la plus vive s’estompe :
Dans la coupe d’ocre d’un désert sans orages
Une fadeur sourde se répand et détrompe
Mon cœur exalté par de somptueux mirages
Les jours s’obstinent malgré mes paupières closes
Et les vents m’emportent vers des lointains de nacre
Où je voile de poussière l’éclat des choses
Dans la coupe d’ocre d’un désert sans orages
Je ne veux plus verser de nectars éphémères
Mon cœur exalté par de somptueux mirages
Tu vois la mort du jour confondre tes chimères
Dune blonde amante des souffles de hasard
Craintive quand l’ombre s’empare de l’entour
Lorsque le froid t’étreint, que naissent des murmures,
Qu’ils s’enflent, s’aiguisent, se hèlent tour à tour
Sous le dais nuital où se perdent leurs augures
Que des formes paraissent qui semblent guetter
Porteuses fidèles d’un très ancien message
Mais la peur t’instille son fiel pour apprêter
Ces remous clairs-obscurs qui te feraient plus sage
Dune blonde amante des souffles de hasard
Lorsque le froid t’étreint, que naissent des murmures,
Découvre dans ces voix les Mentors qui conseillent
Sous le dais nuital où se perdent leurs augures
Apprends les parfums musqués des fleurs qui s’éveillent
Porteuses fidèles d’un très ancien message
Versant des larmes de rosée pour qu’à l’aurore
Ces remous clairs-obscurs qui te feraient plus sage
Miroitent, tranquilles et t’appellent encore
Dune blonde amante des souffles de hasard…
© Juillet 1996,
Septembre 1997
- Lyon, Saint Nizier—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
******************
Je suis seule dans l’immeuble abandonné
J’avance dans un étroit couloir,
De silence vénéneux environnée.
Là, l’obscurité semble vouloir
Assaillir la lumière jaunâtre
D’un néon tout empoussiéré.
Nés des ténèbres des yeux blanchâtres
Me suivent, vides, acérés.
Mais je suis seule dans l’immeuble abandonné
Tout près, un chuchotis silencieux,
Un froissement, une course désordonnée ;
Quelque rat dans le plancher vicieux…
Un effluve fétide sourd de l’ombre,
Infect. Des cuirasses mordorées
S’approchent, inexorables, sans nombre,
Défiant la clarté abhorrée.
Pourtant je suis seule dans le couloir
J’accroche un voile diaphane :
Une araignée morte de ne pouvoir
Supporter les rais profanes,
Fragiles de la lampe roule sur mon bras.
Dans la pénombre des guerriers de cuir
Que seul un étrange cauchemar dénombra
M’encerclent doucement : je ne peux fuir…
Cependant, je suis seule dans le couloir
Et le sol crisse bizarrement
Sous mes pieds nus. L’esprit ne peut prévaloir
Sur la peur à l’acide ferment ;
Partout des corps roux affluent, se pressent :
DES CAFARDS PAR MILLIERS couvrent
Murs, sols. Mes chevilles disparaissent
Et mes jambes s’en recouvrent…
Έφιάλτης, ΈΦΙΑΛΤΉΣ…
© 1988, Mars
1989 - Saint Nizier —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
******************
A la suite d’émissions sur Sœur Emmanuelle.
![]()
Sombre despote la nuit séquestre toutes choses
Et s’opèrent alors d’étranges métempsychoses…
La plainte sauvage d’un oiseau de proie* résonne
Sur les monuments, les vieux temples. Nul ne soupçonne
Un trouble encore dans ces divinités passées
Dans leur éternel sourire et dans leurs joues glacées ?
Civilisation perdue que nous sublimons
L’Egypte est un don du Nil, une fleur de limon
Mais pour aujourd'hui l’indifférence nous indure ;
Fleurs de persévérance, écloses dans l’ordure
Sont les chiffonniers. Dans leurs charrettes, chaque jour,
Le fleuve paradisiaque est en crue, toujours
Pour ces déshérités-là, tous les jours sont remplis
D’une succession de prodiges accomplis ;
Ils fouillent l’Enfer qu’écument les rats : l’immondice
Pour trouver l’espoir dans ce nauséabond calice :
Ce faubourg de cabanes en bidons et en bois
Retentit de leurs rires, de leurs danses, parfois…
Ces forcenés de l’espérance partagent tout :
La solidarité forme leur meilleur atout
Toujours, d’un seul cœur s’enthousiasment ces damnés
Et s’affligent aussi. En ce soir empoisonné
La lune* s’élève dans un écrin de silence*
Surgit de la pénombre un chien* errant s’avance
Sans doute pour guider cet enfant agonisant
Très calme, sans aucune peur le paralysant
L’olive* pâlit et s’estompe sur son visage ;
Elle éclaire dans ses yeux un heureux présage
Jeune animal il vainc ses fauves intérieurs ;
L’horrible s’accomplit sans pleureuses ni crieurs
Et pendant qu’au nom du Christ ou bien qu’au nom d’Allah
Des hommes se déchirent, se tuent ici et là
-quand les crânes sont vides, vides aussi les cœurs-
Un jeune chenapan beau comme les Dieux se meurt.
Mais ce soir frères et sœurs sont tous là ; sans remords ?…
Ils ont oublié Allah et le Christ au dehors
A présent rien ne troublera la quiétude
De ce garçon face à son Ultime Servitude
Le khamsin, soudain plus tendre, emporte son âme
Dans de clairs vergers* où Paix avec Amour se pâme
D’éternel renouveau les âmes y sont nourries
Et c’est peut-être pour ça que les statues sourient…
© 1989,
Avril 1990, Mars 1994 - Saint
Nizier, Lyon—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : Dieu égyptien à tête de faucon, Horus illustre la lutte de la lumière
contre les ténèbres, la nécessité de la vigilance dans la poursuite de l’
éternité à travers les embûches des ennemis et des fautes.
* : dans le Coran, les phases de la lune et le croissant évoquent la mort et
la résurrection.
* : le silence est un prélude à la révélation, soit pour la recevoir, soit
pour la transmettre, il ouvre un passage. Il donne aux choses grandeur et
majesté, il marque un progrès : « Le silence est une grande cérémonie ».
* : Dieu égyptien à tête de chien, Anubis est le guide des hommes dans la
nuit de la mort.
* : l’olive (l’olivier) est un symbole de paix, de purification, de force,
de victoire et de récompense.
* : à la fois les Vergers d’Osiris, les Jardins d’Eden et les Jardins d’
Allah.
******************
C'est le babil de l'aurore sur les larmes de la nuit,
La rosée s'arc-en-cielle,
L'espoir nouveau s'élabore sur un Paradis enfuit ;
C'est un vol d'hirondelles*
Joueuses,
Ivres de parfums, de terres, de plantes*,
Charmeuses,
Elfes du festin de l'aube naissante ;
La musique est un appel, un guide, un onguent
Et roule la mer.
C'est l'hymne de la cigale pour son amant aux doigts d'or*,
Ciel et terre s'embrasent,
Le vent déploie ses rafales pour voiler leurs corps à corps ;
Des colombes* qui jasent
Vigiles
D'un sanctuaire paré de fleurs mauves*,
Tranquilles,
Une source éclatante pour alcôve ;
C'est la vague où l'été se voluptuose ;
La musique est un feu, une île, une rose*
Et roule la mer.
C'est le murmure du cyprès en un doux mirologue,
Le jour s'enchrysalide,
Tout abjure en de noirs apprêts pour un morne épilogue ;
Le rossignol candide,
Obstiné,
En ses trilles module sa souffrance,
Forcené,
Il ranime la torche* d'espérance ;
C'est une vague où l'hiver vif s'apaisante* ;
La musique est un seuil, de la myrrhe*, l'acanthe*
Et roule la mer.
© Juillet 1990,
Mai 1993 - Saint Nizier, Lyon. —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : l'hirondelle est la messagère du printemps.
* : les plantes, attributs de Perséphone, premiers degrés de la vie,
symbolisent la naissance perpétuelle, le flux incessant de l'énergie vitale.
* : le soleil, attribut d'Apollon, est considéré comme fécondateur mais il
peut aussi brûler et tuer.
* : la colombe est l'attribut d'Aphrodite, déesse de l'amour.
* : le violet est la couleur de la tempérance, de la luciditén de l'action
réfléchie.
* : l'île est symboliquement un lieu d'élection, de science et de paix.
*: la rose symbolise la coupe de vie, l'âme, le cour, l'amour.
* : la torche est symbole de purification par le feu et l'illumination. Elle
est la lumière qui éclaire la traversée des Enfers et les chemins de l'
initiation. La mère de Perséphone recherche sa fille en ayant en mains des
torches ardentes. Perséphone symbolise le candidat à l'initiation qui passe
par la mort pour renaître, par les Enfers pour accéder au Ciel.
* : apaisanter : apaiser, calmer (mot d'ancien français).
* : la myrrhe a une dimension prophétique ; les mages ont apporté de la
myrrhe à l'Enfant Jésus.
: l'acanthe est utilisée dans l'architecture funéraire pour indiquer que les
épreuves de la vie et de la mort symbolisées par les piquants de la plante
sont victorieusement surmontées.
******************
A
Beethoven.
La
musique est une île secrète,
Un
écrin de délicates métamorphoses,
-margouillis
de délirantes anamorphoses-
Ses
rivages escarpés sont un recueil
Où
s’enluminent les harpes* éternelles des vagues.
Là,
dénude-toi dans les senteurs des narcisses* ;
Que
dans leur œuvre noire plus rien ne t’extravague :
Par
l’humble jusqu’au sublime il faut que tu glisses !
La
musique est une île secrète,
Une
amulette où s’affrontent en magie
Les
éclats jaspés
De
danses et de tours de lutins*
Gouailleurs
Et
d’échos de cithares*
Babilleurs
De
cancatilles où chatoie l’élégie
Et
les vents se chamarrent ;
Là,
féconde-toi à ce festin
De l’ombre échappé
© Octobre
1988, Septembre 1992 - Saint Nizier, Lyon. —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : la harpe symbolise les tensions entre les instincts matériels représentés par son cadre de bois et par ses cordes de lynx et les aspirations spirituelles figurées par les vibrations de ces cordes qui ne sont harmonieuses que si elles procèdent d’une tension bien réglée entre les énergies de l’être, ce dynamisme mesuré symbolisant lui-même l’équilibre de la personnalité et la maîtrise de soi.
*
: le narcisse symbolise l’engourdissement de la mort mais d’une mort qui
n’est peut-être qu’un
sommeil. L’étymologie aide
* : les
lutins, venus du Monde Souterrain auquel ils restent liés, symbolisent les
forces obscures qui sont en nous, ils personnifient les manifestations incontrôlées
de l’inconscient.
*
: la citare symbolise la tempérance, cette vertu fondée sur le sens de la
mesure, tout comme la musique.
* : dans
l’iconographie chrétienne la lyre évoque la participation active à
l’union béatifique. Faire vibrer la lyre, c’est faire
vibrer
le Monde.
Tous les
instruments de musique semblent être autant de moyens d’accéder à
l’harmonie secrète du Monde.
******************
Viens,
άνθρωπάκι μου*,
Dans
tes yeux le sommeil s’est effrangé ;
S’éveillent
tous les espoirs de ta mère
Secoue
cet univers pour toi en friche
De
tes premiers pas si insouciants !
Dépose,
γαμπρέ μου*,
Une
couronne de fleurs d’oranger
Dessus
le cœur déchiré de ta mère
Et
va, va, de ta fraîche et douce biche
Ensemencer
le ventre impatient
Oh !
παλληκάρι μου*,
Tant
de joie sauvage face au danger !
Las !
Que les larmes de feu de ta mère
T’accompagnent
tout comme un sûr fétiche
Vers
l’Hadès au nocher terrifiant !
© 1990.
Juillet 1991. Avril 1994 - Saint
Nizier, Lyon—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
Ανθρωπάκι :
petit homme.
Γαμπρέ :
jeune marié.
Παλληκάρι :
jeune homme brave.
******************
Amie fidèle dans le gouffre céleste,
Sœur lointaine par-delà l’angoisse infinie,
Perle d’or, tu enveloures les ténèbres
Et, pour moi, l’immensité distille le miel ;
Dans le silence éternel mon espoir renaît
Mais l’aube te pastellise de ses voiles :
Je reste seule
Oh, ψαράκι*,
Lutin fuyant tout au borde de l’onde preste,
Œil myriachrome de sourdes démonies,
Tu m’esquives, Elfe des flots que tu zèbres
Et, pour moi, la tendre mer sécrète le fiel ;
Dans son éternel chuchotis ma peur renaît
Mais le soir t’exorcise dedans ses voiles :
Je reste seule
© Octobre
1988, Avril 1992 - Saint
Nizier, Lyon—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : Άστεράκι : petite étoile.
* : ψαράκι : petit poisson.
A
Sappho.
Belle
hirondelle*, l’Aurore* emparadise
L’herbe
tendre purifiée de rosée*
Et
l’écume de son sommeil s’amenuise ;
Mon
bel ange s’éveille
Joyeux
moineau, mille plantes* échevellent
Dans
un souffle * frais leurs gerbes* déposées
Et
toutes les eaux* ardentes cascatellent ;
Mon
trésor s’émerveille
Fidèle
oiseau*, le chêne* en sa plénitude
Abrite
les stridences de ses cigales*
Et
son île rayonne de quiétude ;
Mon
amour s’ensoleille*
Vive
alouette*, le vieil arbre* aux fleurs mauves*
A
Vesper abandonne ses doux pétales
Et
s’apprête et se parfume* son alcôve ;
Mon
enfant s’ensommeille.
© Juin,
Juillet 1990. Avril 1991, Avril 1994. - Saint
Nizier, Lyon—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
*
: Δροσοσταγόνες :
gouttes de rosée.
*
: l’hirondelle symbolise l’éternel retour et l’annonce de la résurrection.
* :
dans toutes les civilisations, l’Aurore est le symbole joyeux de l’éveil
dans la lumière retrouvée. Après sa sœur, la longue nuit, porteuse d’angoisses
et de crainte, voici « l’Aurore aux doigts de rose ».
* :
la rosée est l’expression de la bénédiction céleste, elle est la grâce
vivifiante.
* :
les plantes expriment la manifestation du Cosmos, l’apparition des formes, le
flux incessant de l’énergie vitale.
* :
le souffle a universellement le sens d’un principe de vie.
* :
les gerbes symbolisent la profusion joyeuse de la vie, une sorte d’offrande
perpétuelle.
* :
les eaux, masse indifférenciée, représentent l’infinité des possibles,
elles contiennent tout le virtuel, l’informel, le germe des germes, toutes les
promesses de développement.
* :
l’oiseau symbolise les états supérieurs de l’être, les états spirituels.
* :
le chêne est en tous temps et en tous lieux un synonyme de force, c’est
l’impression qu’il donne à l’âge adulte. Il symbolise aussi la sagesse.
* :
la cigale symbolise le couple complémentaire lumière/obscurité par
l’alternance de ses stridulations dans la chaleur du soleil et de son silence
dans la nuit.
* :
l’île est le refuge où la conscience et la volonté s’unissent pour surmonter
les assauts de l’inconscient ; contre les flots de l’océan, on cherche
le secours du rocher. Elle est un lieu d’élection, un centre primordial
auquel on ne par- vient qu’à l’issue d’une navigation ou d’un vol,
d’une initiation.
*
: le soleil est la source de la lumière, de la chaleur et de la vie : il
est une manifestation de la Divinité.
* :
l’alouette symbolise l’évolution et l’involution de la manifestation ;
elle vole très haut et fait son nid à
terre. Elle relie les deux pôles de l’existence, elle est une médiatrice.
* :
l’arbre symbolise le caractère cyclique de l’évolution cosmique : il
se couvre et se dépouille de feuilles chaque année.
* :
le violet (le mauve) est la couleur de la tempérance, de la lucidité, de
l’action réfléchie. Il est le résultat de l’échange perpétuel entre le
rouge de la force impulsive et le bleu, couleur de détachement des choses de ce
monde.
* : la subtilité insaisissable et pourtant bien réelle du parfum l’apparente symboliquement à une présence spirituelle et à la nature de l’âme. La persistance du parfum d’une personne après son départ évoque une idée de souvenir. Le parfum symboliserait ainsi la mémoire.
******************
Elle était devenue putain par résignation
Et très sage philosophe en cette triste dérive
Pour les bien honnêtes gens une abomination
Mais la vérole l'expédia sur d'autres rives
Là, Charon lui lance, infernal croque-mort :
"Avant d'embarquer, il te faut remplir ma bourse ;
Pour traverser ce marais, rejoindre les morts
Donne-moi déjà mon obole pour la course !"
"Hé, je n'ai plus la moindre pièce : les loueurs d'entrailles,
Les guérisseurs, les charlatans m'ont dépouillée de tout…"
"Alors tant pis pour toi, tel est ton destin : que tu ailles
Te lamenter sur ces côtes brumeuses, voilà tout !"
"Non, reste ! écoute et tu seras satisfait ;
Vrai, je ne suis qu'une pute et ma main est vide
Mais le sale bidochard* qui me tarifait
Jamais ne m'arracha une pierre limpide
Un diamant si étincelant d'une eau sept* fois pure
Dont les facettes luisent d'une clarté… souveraine
Car elles ont cristallisé dedans la pire ordure
Ces quelques riens de pureté qui nous rassérènent
Larme minérale aux pouvoirs ensorceleurs
Sa dureté affranchit de tous les tourments…
Cet indomptable* ignoré des bas receleurs
C'est mon âme, plus mûre que tous diamants
Ah, je vivais dans la perversion, moi la maudite ;
Tous me bafouaient, tous m'humiliaient mais sous l'écorce,
Là, se forgeait une maturité pour eux proscrite
Et qui rayonne à tout jamais d'une invincible force
Seul l'exclu d'entre deux Mondes, le Transgresseur
Peut la saisir et peut la garder, rutilante…"
Depuis les Ombres s'écartent du Passeur :
Ainsi révélée, sa barque* les épouvante…
© Février
1989, Janvier 1990. Mars 1994
- Lyon, Saint Nizier—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : Bidochard : trafiquant de femmes dans la traite
des blanches, mot d'argot très énergiquement péjoratif.
* : le chiffre sept symbolise une perfection dynamique, l'achèvement du Monde et la plénitude des temps, entre autres…
* : jeu sur l'étymologie : diamant vient du grec " adamas ", indomptable, un diamant ne pouvant être rayé -dompté- que par un autre diamant.
* : la barque de Charon symbolise les malheurs des hommes.
******************
Une caravelle pleine de farouche aplomb
Prend le large pour chercher cette île lointaine
De nard*, de cannelle*, ce sanctuaire sans nom
Prend le large pour chercher cette île lointaine ;
Se déploient ses voiles, la souffrance avec l'espoir :
" Quel flot pourra m'ébrécher, quel Dieu, quelle ataine* ?
Se déploient ses voiles, la souffrance avec l'espoir
Car vague à vague la mer dévaste, ravage,
Inscrit dans les moelles l'âpre goût du désespoir
Car vague à vague la mer dévaste, ravage,
" Ah ! jours de délices, aubes de lait et de miel*,
Là-bas, souvenir amer, verdoyant* rivage… "
" Ah ! jours de délices, aubes de lait et de miel,
En moi de grands chevaux* gris, perdus, s'exaspèrent,
Vénéneux calices, vins de larmes et de fiel ! "
En moi de grands chevaux* gris, perdus, s'exaspèrent
Sur des eaux plus calmes, pourtant, j'ai vu un îlot
Où les vents*, d'azur* épris, d'ocre* s'exubèrent
Sur des eaux plus calmes, pourtant, j'ai vu un îlot
Mais je n'ai pas reconnu la force superbe
De l'île des Baumes en cet atoll trop pâlot
Mais je n'ai pas reconnu la force superbe,
La splendeur tranquille, la chouette et l'olivier*
Et mon cœur trop ingénu n'a cri acerbe…
© Juin
1990, Octobre 1992, Avril 1994
- Lyon, Saint Nizier—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
*
: on extrayait du nard un parfum des plus précieux qui évoquait des qualités
royales. Il entre dans la composition du Paradis où s’épanouit l’Amour.
* :
la cannelle sert, en Chine, à la préparation des drogues d’immortalité.
* :
ataine : colère, querelle, noise. Larousse de l’Ancien Français.
*
: le lait est un symbole d’abondance, de fertilité, de connaissance,
d’immortalité.
Le
miel est d’abord un symbole de richesse, de complétude et surtout de douceur.
Le lait et le miel sont des aliments premiers, nourriture et boisson, ils
coulent en ruisseaux sur toutes les Terres
Pro- mises.
*
: le vert, équidistant du rouge infernal et du bleu céleste, valeur moyenne, médiateur
entre le chaud et le froid, le haut et le bas est une couleur rassurante, rafraîchissante,
humaine, la couleur de l’espérance.
* :
le cheval symbolise l’impétuosité des désirs.
* :
le vent symbolise le désordre en raison de l’agitation qui le caractérise.
*
: le bleu (l’azur) est la plus profonde des couleurs : le regard s’y
enfonce sans rencontrer d’obstacle et s’y perd à l’infini. Domaine ou
plutôt climat de la sur réalité immobile, le bleu résout en lui-même les
contradictions, les alternances. Impavide, indifférent, nulle part ailleurs
qu’en lui-même, le bleu n’est pas de ce monde, il suggère une idée d’éternité
tranquille et hautaine, surhumaine ou inhumai- ne.
*
: le jaune (l’ocre), d’essence divine, lumière d’or devient parfois un
chemin de communication à double
sens, un médiateur entre les hommes et les Dieux.
* :
la chouette est le symbole de la connaissance rationnelle : oiseau
nocturne, elle perçoit la lumière solaire par le reflet de la lune. Elle
symbolise la réflexion qui domine les ténèbres. L’olivier est symbole de
paix.
La
chouette et l’olivier sont les attributs d’Athéna, Déesse de la sagesse.
******************
Ils
sont arrivés Ils sont arrivés ce soir, les gens du voyage,
Ils
transportent tant de rêves dans leurs roulottes
Par
les villes et les bourgs, humbles Dons Quichottes…
Ah,
demain, il y aura la fête au village !
Demain…
et pourtant, déjà, les badauds affluent
Car
quelle rareté, un cirque et ses promesses !
On
se bouscule autour du chapiteau qu’ils dressent,
La
vie, la routine sont soudain suspendues
Et
pendant le spectacle, tous sont emportés
Par
la sournoise fauverie et ses dresseurs,
Par
les chevaux altiers et genou fléchisseurs,
Par
les dindonesques clowns enredingotés
Mais
voici que s’avance un petit funambule ;
Nimbé
du halo d’un projecteur, il oscille,
Vêtu
d’un maillot blanc, silhouette gracile,
Fin
hiéroglyphe en clair-obscur, il ondule
Ceux
qui narguent l’abîme dessus leurs trapèzes,
Tout
là-haut, persiflent ce petit poltronard,
Ce
fadasse godichon et les sensiblards
Qui
à ses doux baguenaudages se complaisent
Sa
frêlerie, il la leur laisse blasphémer ;
Seul,
si seul, il cisèle comme des cantiques
Ses
mille et une poésies acrobatiques ;
C’est
peut-être son seul moyen pour être aimé…
Alors,
trop rongés de jalousie vipérine,
Ils
coupent son fil, ces salopards, ces arsouilles,
Et
le délicat funambule s’écrabouille
Personne ne l’a pleuré. Qui sait, Colombine
©
1980, Paris —
Décembre 1989, Novembre 1992, Mars 1994 —
Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
******************
Je voudrais être une île plantée là comme une dent
Et succomber sous les caresses de langues d'écume,
Vagues impudentes aux flots argentés et ardents,
Me dissoudre dans leur mêlée sans fin qui me consume…
Je voudrais être un ciel très secret à l'humeur fantasque
Et pouvoir recouvrir et la mer et le continent
Me repaître d'amours femelles et mâles, sans masque
Admiré des ogres, méprisé par les abstinent.
Je voudrais être la terre, brûlée, léthiférée
Et ternir de poussière la sérénité des cieux
Dans un appel, dans un cri viscéral et, altérée,
Boire goulûment la pluie, la semence des Dieux.
Je voudrais être le zéphyr, ce satire invisible,
Et trousser la mer, fondre ciel et terre inassouvie,
Libérer dans l'espace cette force si terrible,
Cette brute cruelle que je porte en moi, la VIE…
©
Avril 1989, Mars 1994. —
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
******************
La fille au masque pourpre ![]()
Elle tourne et retourne
La fille au masque pourpre
Légère, insaisissable comme la brume
Dans un grand frou-frou de dentelles et de tulle
Et elle tourbillonne et nous étourdit tous…
Mais qu'est-ce qui motive donc cette course ?
Quelle est son histoire à cette belle inconnue,
Pourquoi porte-t-elle ce masque saugrenu ?
Elle tourne et retourne
La fille au masque pourpre
Je les maudis, eux tous, et leurs regards coquins
Leurs doigts avides de serrer cette taille
Et de frôler furtivement cette nymphe
Un court instant de trop brèves fiançailles…
Ah ! enfin, la voilà qui s'approche de moi
Et, mutine, fait son nid au creux de mon bras
Elle tourne et retourne
La fille au masque pourpre
Mais, hélas, quand je lui arrache son masque
Elle éclate de rire et s'échappe, leste
Et moi je pousse un cri, je tombe, aveuglé
Pupilles percées, puni d'avoir violé
Le mystère du visage
De la fille sans visage…
©
Octobre, Novembre 1980 —
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
******************
-
Lapin fauve dans la neige,
Mon
ami, où cours-tu ?
-
Eh, tendre rêveur, ta neige si poétique
Me
révèle à tous comme le nouveau loup blanc ;
Dessus
ces paillettes de lumière angélique
Tant
voudraient me foudroyer, déchirer mes flancs !
Et
moi je cherche partout la fée Marjolaine
Pour
qu’elle me rende ma blancheur d’origine…
-
Lapin blanc, lapin des neiges
Mon
ami, où cours-tu ?
-Oh,
trop doux rêveur ! Mais en moi toujours se traîne
-par
ce malheur fut trahie la fée Mélusine-
Un
obscur Minotaure, très noir persifleur,
Qui
confiance et espérance désagrège,
Ne
fait trouver l’amour que Grand Inquisiteur…
Et
moi je vais, humble brouteur de perce-neige*…
© Saint Nizier Lyon — Dominique Gelay – Tous droits réservés.
* :
le perce-neige symbolise la consolation, l’espérance, le courage,
l’endurance, la fidélité inébranlable.
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L'aveu
![]()
Oui, je veux sa peau de sable et son plaisir pour tout décor,
M'avouer fragile, partir en un baiser
Dans l'harmonie insondable et l'archipel aux plages d'or
Oui, mon cœur est indocile et la Morale doit ployer ;
Demeurer farouche, seule, je ne peux pas…
Dans mon désir immobile et son sortilège léger
Oui, j'ai ma paix de sa bouche et ses fureurs sont mon trépas ;
Sembler vénéneuses, tant pis ! pourvu qu'encor
Dans ses tours la vie nous couche et que s'y répondent nos pas
Toujours amoureuses…
©
Mai 1993 —
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
Ce texte a été inspiré par les rimes insérées dans le roman " Les amies d'Héloïse " d'Hélène de
MONFERRAND, page 85 de l'édition de poche.
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Silence mon cœur
![]()
Silence mon cœur
Car je dois imaginer ces anamorphoses,
Parer l'entour de draperies et de dentelles,
Achever de mon Enfer les métamorphoses
Pour qu'en Paradis mon cœur parfois tu m'appelles
Pour de fugaces et profonds conciliabules
Car la parole perdue garde le secret
Silence mon cœur
Car je dois découvrir dans ces brouillards trompeurs
L'étroit pont* de pierre dure à la porte close
Où veille l'Ombre qui fouille mes male peurs
La vie court comme l'éclair, il est temps que j'ose !
Ne soumets pas mes tourments à d'autres férules
Car la parole perdue garde le secret
Silence mon cœur
Car je dois atteindre l'autre rive, là-bas
Par l'alchimie de la fougue avec la prudence
Entre les tourbillons du Ciel et ceux d'En Bas
Que s'éloigne le temps fait pour la confidence,
Pour de fugaces et profonds conciliabules
Car la parole perdue garde le secret
Silence mon cœur
Car je veux m'étourdir du parfum de ces fleurs*,
Sillonner cette terre où la vie surabonde
Garde ton mal vouloir, tes discours persifleurs
-Qu'un pas, encore, cette euphorie vagabonde ?-
Ne soumets plus mes tourments à d'autres férules
Car la parole perdue garde le secret
©
Juillet, Août 1996 —
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : pont : le pont permet de passer d'une rive à l'autre, de la terre au ciel, de l'état humain aux états supra-humains, de la contingence à l'immortalité, du monde sensible eu monde supra-sensible. Il faut aussi noter le caractère périlleux de ce passage comme celui de tout voyage initiatique.
* : fleurs : dans le monde celtique la fleur symbolise l'instabilité essentielle de la créature, vouée à une évolution perpétuelle et aussi le caractère fugitif de la beauté.
Ce texte a été inspiré par la gravure intitulée " Verbum dimissum custodiat arcanum " : " La parole perdue garde le secret " (la 3ème Porte),
insérée dans le roman Club Dumas d'Arturo PEREZ-REVERTE.
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Une tache blanche ![]()
Tout comme cette trouée d'un faisceau de lumière,
Glorifiée par un somptueux vitrail céleste
Dedans la cathédrale d'un soir de Chante lune
Tout comme un phare au bout de la croyance première,
Là où la vue se déchrysalide, se moleste,
Et devient le guetteur de sa propre défortune
Tout comme un stigmate d'un éclat thanatophore
Dans l'œil presque soumis à son sacrificateur
D'une humble victime transpercée de dagues courbes
Tout comme la médaille au cou d'une canéphore,
L'insigne sacré d'inquiétants conjurateurs
D'un long rituel défendu aux profanes fourbes
Tout comme une flammèche joueuse et folâtrine ;
Elle volte, bondit, toupille une tarentelle,
Une danse païenne aux baroques entrechats
C'est un sceau, une frontière qui tant me fascine,
Un lourd privilège, une corolle immortelle :
Une tache blanche sur le poitrail de mon chat.
©
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
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Voici les clefs ![]()
Voici les clefs.
Que le firmament profond, très pur se déploie !
Que les Elfes répandent des senteurs nouvelles !
Que la brise caressante et si douce ondoie !
Que s'ouvrent les cieux aux nuages gris, moroses !
Que les tours des vents enfin à moi se révèlent !
Que je sente à la foi tous les parfums des roses !
Voici les clefs.
Que les flammes carminent hurlent à la vie !
Que mes anciens fers fondent dans la fournaise !
Que les Diables me tourmentent à l'envie !
Que s'ouvrent les feux pour moi, l'humble canéphore !
Que je m'épure par les flammes et la braise !
Que les tourbillons m'étreignent jusqu'à l'aurore !
Voici les clefs.
Que les eaux se parent de clartés saphirines !
Que les forces vives des pleines mers s'apprêtent !
Que leurs tendres voluptés vainquent les Ondines !
Que s'ouvrent les mers au sage et divin murmure !
Que j'entre dans les grottes marines secrètes !
Que je voie des sphères océanes l'augure !
Voici les clefs.
Que les Nabots* m'abandonnent leurs vieux grimoires !
Que j'en souffle toute opprobre et toute poussière !
Que les Ombres passées chuchotent leurs mémoires !
Que s'ouvre la terre noire, ventre fertile !
Que j'y forge mon âme candide et grossière !
Que je la taille en pierre à la moire subtile !
Voici les clefs, prends garde !
©
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
* : nabots : venus du monde souterrain auquel ils restent liés les nains (les nabots) symbolisent les forces obscures qui sont en nous.
Ce texte a été inspiré par la gravure intitulée " Clausæ patent " : " Ouvrez ce qui est fermé " (la 2ème Porte)
insérée dans le roman " Club Dumas " d'Arturo PEREZ-RIVERTE.
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Elle se peigne devant lui
Chattement attentive
Ses cheveux noirs cascatellent sous ses mains
-cataracte aux sombres ondoyances
Où le désir roule et s'avive-
L'été s'emperle sur sa peau
Dans la cour un coq s'égosille et chamaille
Les liquescentes cimes azurines
Et le zéphyr exalte
Des senteurs embrasées
De la plaine écrasée
Par cette heure écarlate
-écrin où toutes voluptés festinent-
Les labours ont magnifié les semailles
Les flancs de velours des taureaux
Et la chevelure lascive
Se moirent des mêmes chatoyances
Que tant de races ont mêlées en chemin
Dans ces ondes rétives
Elle se peigne devant lui
©
Saint Nizier Lyon —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
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Ecrire
Ecrire comme on respire
Parce c’est la seule façon de dire
Ecrire pour être écoutée
Pour le plaisir d’écrire
De toucher ces pages
De caresser le papier de la main
Puis de le souiller, de le noircir
Consommer l’attirance
De ce papier inutile mais blanc
Ecrire juste pour soi
Ou pour épater les copains
Ou pour avoir du pain
Ecrire
Des plaintes dans le jour
Et des pleurs dans la nuit
Pour vivre encore
Un peu au dehors
Pour n’être pas qu’un ectoplasme
Ecrire à l’aube d’un matin sans lune
D’une journée sans vie
Infinie de quotidien
Ecrire pour remonter à la source
De cette enfance si douce
Ecrire comme ça vient, comme ça tombe
Sans chercher à éviter
Ce qu’ils appellent des « clichés »
S’ils sont revenus de tout,
Déjà,
Qu’ils me laissent découvrir,
Aimer, vivre, écrire
Pour ne pas mourir vraiment
Pour dompter l’instant
Intérieur et profond
Ecrire Pour te dire
Ce malaise lancinant
Qui me mine en rampant
Me taraude et m’obsède
M’engloutit et me dévore
Ecrire pour te dire
Mon désir…
Ecrire
Ecrire
©
Avril 1983 - Saint Nizier, Lyon. —
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
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Il jouait de l’harmonica
Sur le parapet d’une bouche de métro
De la rue piétonne, affrontant le flot
Entouré de quelques copains
Pourtant, pas de « manche » à la fin
Sur Lyon, des nuées noires s’amoncelaient
Mais la petite musique les transportait
Là-bas, dans tous les grands espaces ensorceleurs
De Californie, de Virginie ou d’ailleurs…
Tout près, gonflé de crues, le Rhône se hâtait
Arrivant d’un lointain vaguement embrumé
Il jouait de l’harmonica
Sur le parapet d’une bouche de métro
De la rue piétonne, affrontant le flot
Entouré de quelques copains
Pourtant, pas de « manche » à la fin
Eh oui, j’ai la mélancolie très facile
Moi… car je suis passée, comme tous les autres
Poursuivie un instant par cette mélodie
Malhabile, un peu naïve, douceâtre
Que je n’ai pas laissé m’envahir, me capter
Mais je n’avais pas le temps, j’étais si pressée…
Il jouait de l’harmonica
Sur le parapet d’une bouche de métro…
©
Octobre, Novembre 1980
- Lyon, Saint Nizier—
Dominique Gelay
– Tous droits réservés.
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Je me souviens
De cette terre lointaine
De sable fin, de sable chaud
A l’horizon de ciel et d’eau
De ce tout petit village
Etendu sur son rivage
Où l’océan se promène…
Je me souviens
De cette fille aux yeux de jais
A la peau couleur d’ébène
Mais si adorée du soleil
Et de ses cheveux noirs bouclés
Je retrouve ses dents perlées
Son rire dans la palmeraie…
Je me souviens
De deux amants sur la grève
Ivres d’amour, de vent salé
Et de leurs courses endiablées
Parmi les chevaux de la mer
Dans cette immense lumière
Du jour que la nuit enlève…
Je me souviens
Oui, de cette caravelle
Dans le ciel d’une fin d’été
De ces prunelles inondées
Mais déjà, là, sur la plage
Se fanent les fleurs sauvages
Et le vent les écartèle…
© Février 1981, Mars 1981 - Lyon, Saint Nizier— Dominique Gelay – Tous droits réservés.
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Bradant son diagnostic
La voyante
Longue robe jaune, vert, rouge
Sous un châle couleur ébène
Cheveux noirs sous un foulard rouge
Des mains elle connaît les lignes !
Elle fait la nique,
La voyante
A tous les gros bourgeois dédaigneux
Et à leurs dames –« C’est scandaleux ! »-
Cramponnées au bras de leurs maris
Gros matous et petites souris…
Aux passants crédules
La voyante
Aux longues mains, aux ongles de sang
-Deux tarentules aux longues pattes-
Ausculte les mains scélérate
Gloire, fortune ou bien le néant ?
Mais la nuit recule
La voyante !
Et elle regagne son antre
Puis redevient lorsqu’elle ôte
Son châle, son foulard et sa robe
Une jeune femme charmante
La voyante !
© Octobre 1980 - Lyon, Saint Nizier— Dominique Gelay – Tous droits réservés.
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Mère Boulon est une chatte très têtue
Et veut toujours, de ses plus beaux roux revêtue,
Se coucher en travers sur mes traductions :
« Partage avec moi ta savante instruction ! »
Ainsi donc, nous déclinons en chœur, vaillamment ;
« Μιάου, μιάους, μιάου, μιάου… » très brillamment !
Ou alors elle se toilette avec grand soin
-Que j’aie l’audace de lui trouver l’air chafouin
Elle s’en moque !- ce n’est pas son problème
Si mon canevas aux cygnes noirs est blême
Sous les poils blancs perdus : « C’est le printemps, je mue !
Gratte-moi donc un peu : il faut que tu remues… »
Elle aime aussi beaucoup s’asseoir sur les feuilles
Où je ponds mes pauvres quatrains qui s’effeuillent
De leurs rimes voulues riches dans le souffle
Facétieux de ma Muse qui m’essouffle :
« Le chat est un élément indispensable,
S’en passer est tout bonnement impensable !
Les chats inspirent les poètes, c’est connu… »
Mais moi pour écrire –elle en a convenu-
Ce n’est pas plus d’inspiration qu’il me faut :
C’est simplement le place qui me fait défaut !
Mère Boulon est une chatte très têtue,