Justine Mérieau vous invite à partager des instants poétiques. Sortie de son recueil de nouvelles et contes, Soleil voilé aux Editions du Colibris (fin juillet 2003)

Poèmes extraits du recueil "Délire de poèmes éclectiques" 

( 2001 - Editions Le Manuscrit)

Pour lire des extraits du livre de Justine Mérieau :        http://www.editions-du-colibris.com/prodfr/3334.htm

puce

Un naufrage en Bretagne

puce

Espérance

puce

Bienvenue à Lesbos

puce

Alphabet de l'amante

puce

Départ de France

puce

L'arabe et le juif

puce

le 11 septembre 2001

 

Un naufrage en Bretagne            

 

Là-bas, sur la mer déchaînée,

Se livre l’ultime combat

De marins-pêcheurs malmenés

Luttant contre leur trépas

  

Et tous ces pauvres gens

Perdus dans la tempête,

S’efforcent vaillamment

De relever la tête !

  

Mais la mer, victorieuse,

Les a vite engloutis,

Cette innommable gueuse !

 

 Et sur le port, leurs femmes, tremblantes et diaphanes,

Ont déjà tout compris !

Et elles pleurent, les Yvonne et les Marie-Jeanne !

 

 ©  Justine Mérieau

 

 

Espérance       

 

Nous sommes tous plus ou moins à la dérive

Ne sachant où aller

Cherchant désespérément une rive

Où pouvoir accoster

 

Certains ont cru l’avoir trouvée

Et s’y sont arrêtés

Mais le temps a passé

Et ils savent bien s’être trompés

 

D’autres la cherchent toujours en vain

Voulant à tout prix croire

En un merveilleux destin

Fait d’amour et de gloire

 

Quant à moi, je vous dirai

Qu’il ne faut pas la chercher

C’est en nous qu’elle est cachée

C’est en nous qu’il faut trouver !

 

Je sais aussi ceci : le merveilleux existe bien

Il est autour de nous

Moi, je le vois partout

Parce que je le veux et que j’aime mille et un petits riens !

 

©  Justine Mérieau


 

Bienvenue à Lesbos    

           

Nathalie

Lit !

Isidore

Dort !

 

Si Nathalie

Lit

C’est qu’Isidore

Dort !

 

Car, Nathalie,

Beaucoup, s’ennuie !

 

Elle voudrait qu’Isidore

S’occupât de son corps

Elle voudrait aller au lit

Se blottir tout contre lui !

 

Mais cet ingrat d’Isidore

Dort !

Encore, encore et encore !

 

Et pauvre Nathalie

Lit

Presque toutes les nuits,

Pour tromper son ennui !

 

Un jour, Nathalie, lassée

A rencontré la belle Chloé

Et, enivrée,

Elle l’a aimée !

 

Elle a quitté,

Bien dégoûtée,

Son Isidore,

Qui toujours, dort !

 

C’est ainsi que Nathalie

A viré de bord

A cause d’Isidore !

Et les nuits, plus elle ne lit !

                      

©  Justine Mérieau

 

Alphabet de l'amante     

                       

A mante ardente, acharnée, si amoureuse de toi

 B el homme, bandit, brigand, bourreau de mon

 C oeur continuellement content ne se calmant pas

 D ésarmée, dépendante, dominée, dont

 E trangement ensorcelée, enfiévrée, je m’enflamme

 F olle de ce fou, ce feu-follet dont je suis en folie

 G ourou de mon corps, gardien unique de mon âme

 H éros magique, heureux hasard, horizon d’harmonie

 I l illumine, il irradie intensément ma vie

 J our après jour, en son joug, joyeusement

 K ummel, Kwas et Képhir de ma jouvence

 L ui seul pourrait rompre des liens si denses

 M ais moi, alors, meurtrie, malade, mourant

 N e pourrais, noyée d’un noir chagrin, m’en remettre

 Ô , fassent qu’outrages, ouragans et orages

 P orteurs de perdition, de punition peut-être

 Q u’aucun de ces quolibets et querelles sauvages

 R ien pour moi, non rassasiée ni raisonnable, ne vienne

 S accager la suave sensualité qui est mienne

 T el est le torride et troublant voeu que je fais en tremblant

 U nis pour toujours, univoques et à l’unisson

 V oguons sur les violentes vagues, voluptueusement

 W argame de nos coeurs, au wharf des passions, accostons

 X érès et autres alcools, xylophones aux sons mélodieux

 Y  apporteront tous les piments les plus délicieux

Z élateur, l’Amour sera au zénith le plus glorieux

                 

©  Justine Mérieau

 

 

Départ de France      

 

J’ai pris le bateau ivre de Rimbaud

Et suis partie sous d’autres cieux,

Voulant croire que j’y serais mieux

Et qu’ici ou ailleurs tout se vaut

 

C’était compter sans les profondes racines

Qui nous rattachent bien malgré nous

À notre pays, à notre passé, à tout

Ce qui me manque tant et me chagrine…

 

Ah ! pouvoir encore respirer

L’odeur salée des goémons

Et pouvoir à nouveau goûter,

De l’atlantique, tous les poissons !

 

Pouvoir aussi m’allonger

Sur l’herbe tendre d’un vaste pré

Et y revenir à la fin de l’été,

Pour y sentir les foins coupés !

 

Ah ! pouvoir retrouver enfin,

Le Gard et sa garrigue embaumée

Par ses mille herbes parfumées :

Basilic, serpolet et thym !

 

Et par les chaudes journées, aller nager pour me rafraîchir

Dans la Cèze aux eaux transparentes et pures,

Où se mire ce doux et beau ciel d’azur,

Puis m’étendre nue sur un plat rocher et au soleil m’offrir,

 

Pour goûter avec ivresse cette incroyable paix,

Que rien ne vient troubler, si ce n’est

Le concert ininterrompu des cigales chanteuses

Qui, dans le midi, donne l’humeur joyeuse !

 

Voici, tout ce qu’à présent

Je regrette intensément…

Pourtant, j’ai vu Ceylan

Et ses bonzes rayonnants,

 

Ses temples, ses palais et ses bouddhas

Colombo, Bentota et Jaffna…

J’ai mangé des mangues et j’ai bu du thé,

Assise à l’ombre des frangipaniers…

 

J’ai vu d’immenses forêts de cocotiers,

Sur de belles plages de sable blanc

Et de purs lagons aux coraux diaprés,

Sous un soleil étincelant

 

Qui, le soir, suicidaire,

Embrasait ciel et mer

De mille feux incandescents,

Puis se noyait dans l’océan… 

 

J’ai vu aussi Maurice, délicieuse île,

Terre d’asile de Paul et Virginie

Et pour quelque temps, celle aussi,

De ceux qui fuient la folie de leur ville

 

Et viennent se reposer sous les filaos,

Allongés paresseusement sur le sable chaud,

Et qui, le soir, le sega iront danser,

Comme moi-même, bien souvent, l’ai fait…

 

Malgré cela, j’aurai toujours

La nostalgie

De mon pays,

La nostalgie, jusqu’au retour…

 

©  Justine Mérieau

                     

 

L'arabe et le juif   

 

Israélien, mon frère,

Qu’es-tu en train de faire ?

Dit le Palestinien affligé

Tu as si souvent été chassé,

  

Tu as beaucoup souffert

Alors pourquoi une telle cruauté

Et à ton tour vouloir nous chasser

En nous prenant nos terres ?

  

Tu nous as pris la Galilée,

C’était mon pays bien aimé !

J’y avais ma maison centenaire

Et tu me l’as prise, et c’est l’enfer !

  

Mais ce pays, répond l’Israélien,

Ce beau pays était aussi le mien !

Les trois rois mages y sont allés,

Suivant l’étoile du berger,

  

Pour y voir naître Jésus, juif comme moi !

Ce n’est pas la terre de ton Dieu Allah,

Pas plus que celle de ton prophète Mahomet

Qui, par les dirigeants de La Mecque, chassé,

  

A fui en Arabie,

Où, là, il s’établit !

Mais, Jérusalem, la ville sainte ?

Dit le Palestinien comme une plainte

  

Nous y avons aussi nos mosquées

Et la ville est à nous pour moitié !

Pourquoi ne pourrions-nous partager,

Pourquoi nous empêcher d’y entrer ?

  

Eh bien, dit le Juif, consterné,

Je ne vois pas, j’avoue, de solution,

Nos synagogues y sont ancrées,

Ainsi que le mur des lamentations !

C’est à nos chefs de décider !

           

©  Justine Mérieau

          

Le 11 septembre 2001

           

Oiseaux de feu se sont abattus

Sur des Dieux jusqu’alors invaincus

Et sur New-York et Washington

C’est tristement que le glas sonne !

  

Le onze septembre deux mille un

Vit pleurer les Américains,

Contemplant avec effarement,

De deux géants, l’effondrement,

 

Tandis que le Pentagone,

Touché également est en flammes

Et que de tous côtés, pauvres âmes,

  

Les gens s’enfuyant, s’étonnent,

En ne comprenant toujours pas

Que les leurs sont sous les gravats

                       

©  Justine Mérieau