Partagez des moments poétiques avec Agnès Schnell. Extraits de ses poèmes à paraître...

 

puce

Extraits de « De terre et de bleu »

puce

Extraits de  « Écorce sur eau vive » 

puce

Extrait de  « Enfin, lentement » 

puce

Extraits de « Mosane ou presque »

puce

Extrait de « Froissures » 

                     

 Extraits de « De terre et de bleu » 

Entre les mouvements croisés des voix, celle qui ne ressemblait à personne et à qui on a dû donner un nom… à l'inconnue de Cochem ce poème à deux voix.   

Le regard est présent

immensément

passage infime

vers un infini troublant

dénudé

un lacis de pensées

alourdies   engluées   

une lecture prudente

de tant de jours sans appuis

un partage silencieux

et irrésistible.

 

Appel profond

humain

qui cherche écho

en nous, l'Étranger.

 

On reconnaît alors

en sa respiration

une espérance chargée de sève

une pointe acide de bourgeons.

 

On créerait

une lenteur nouvelle

une cascade de lait et de miel

de grandioses orgues

végétales

des rives d'eau vive

pour retenir – un temps -

dans la clarté

cet Autre qui n'est peut-être

que nous.

 

Songes aériens

ou brisés

naufrages peut-être

en mémoire mutilée,

d'autres ont vu avant d'être…

 

L'ange a laissé

le creux du secret

la marque de l'indicible.
 

 

Les yeux ont vu

avant de naître

et l'on s'épuise

dans l'ultime inachevé

dans la poursuite

d'un monde duel

noué de silence.

On s'épuise

dans l'inexprimé

et l'on s'étonne

de la marge maîtresse

où s'écrit

la précarité.

 

 

Dans l'imprécision

ou la tragique lucidité

l'âme guide les mots…

 

Rivière en crue

ou fleuve paisible ?

 

Inquiétantes

parfois

de silence,

naissent de longues spirales

aux creux déliés,

sans ombre

sinon celles posées

sur le papier.

 

Le jeu s'achève

dans la mémoire vive

dans le souffle de l'autre.

 

 

Tu as recueilli le souffle

tu l'as défriché.

S'échappent

l'acidité des brumes

les hanches rugueuses

des chênes

et ton regard,

chemin en suspens sans écho.

 

Tu as recueilli le souffle

tu l'as transporté.

Alourdi de ton audace

démuni

retiré de la lumière

dans l'échancrure infinie

tu as essayé le chant.

 

Tu as recueilli le souffle

tu l'as amplifié.

Dans ta gorge

glisse une coulée de mots

déposée par erreur

sur mes rives.

Je m'enlise

vers l'ombrageux

déjà sensible.

 

Tu as recueilli le souffle

alors que je sombre

ailleurs…

Rien ne s'établit

sans souffrance.

 

                                             ©  Agnès Schnell

 

Extraits de  « Écorce sur eau vive » 

 

Mémoire

de ronces encombrée

de fleuves prisonnière.

Mémoire de poussières

de terre marneuse

d'enfance excessive

égarée parfois.

 

Mémoire bleu profond

où le regard de l'autre

comme un espace à conquérir

se révèle.


 

 

Levée de l'odeur dominante

d’altéré et de moisi opiniâtres.

Des images s'opposent

tu choisis l'étroite

la plus brève

tu t'y accroches.

 

 

De vieux villages

bâtis de suie,

aux fenêtres avares

des femmes usées

et d'autres crucifiées

par l'habitude.

 

 

Mémoire insistante

agressive

balle traçante

dans la conscience.

Un cri toujours le même

serré de vertiges

et le chant

la mélopée sans paroles

s'immiscent jusque dans les songes.

 

 

Mémoire imprégnée d'errances,

dans le pouls du passé

mémoire d'ange.

 

  ©  Agnès Schnell


Extrait de  « Enfin, lentement » 

 

Il faut sortir des ombres

de l'épaisseur des nuits

dans l'indifférence

des rêves trop étroits

il nous faut sortir du sombre.

Pénétrer dans le jour

exister simplement

dans la trace du geste

dans la ligne posée.

 

 

L'aube tarde.

Du bronze de la nuit

le vert émerge

l'espace soudain élargi

crée un besoin effréné

d'étreindre.

  

 

La branche taciturne

l'en allée de l'eau

paresseuse et lente

rien ne retient celui qui cherche

une floraison tardive.

Rien    sinon une femme

la première

sur une toile

fixée.

 

 

Une femme

nourrie de couleurs

et d'encres

nourrie de rêves et de visions

autrefois née

de la main d'un homme.

 

L'attente, toujours répétée,

la marche vers l'autre

qui lui ressemble peut-être

le tiennent tout entier.

 

 

Le ciel est barbouillé

de grands traits nocturnes

qui s'attardent.

Quelques vagues traversent

l'abrupt des images.

Sous un ciel mouvant

le haut lieu inaccessible,

les combes schisteuses

où s'accrochent l'excès de hasards

et cette lourde confusion

qu'il lui faut quitter.

 

 

La vie ramifiée

les mouvements de sève

le souffle

par pulsions sauvages

les traits un  à un déposés

l'envahissent

l'inondent.

 

Les traits déposés

en couches ailées

habitent maintenant

le jour inerte.

  ©  Agnès Schnell

 

Extraits de « Mosane ou presque »

L'Ardenne…

                           J'habite

où les pierres ont manière d'hommes,

où les murs précaires en savent long.

 

La source prend très haut son cours

au delà des êtres privés d'enfance..

 

Ici,

la peau est folle d'un rien

d'une visite d'insecte

d'un gonflement de pulpe,

ni heurts ni prières

ne pourrissent les fruits par le centre.

 

Tout est instant

tout est attendu

et nous allons, aveugles souvent,

étreints par tous nos morts.

 

C'est ici que j'habite

à l'écoute des choses,

cri des argiles

ou éclatement des mousses.

 

Ici , le poème vient de peu :

d'une glissade du soleil

de la sourdine des mousses

qui rongent.

 

Ici , le poème se vit :

il naît

du babillage des sources

et de l'imperceptible souffle

des chemins nus.

 

Ici , le poème est matière :

il est dans toutes les plissures

dans le tragique des arbres

si tortueux

que le promeneur s'arrête

curieux du mystère.

 

Ici , le poème se déchire :

de l'oubli de l'eau

à la tension extrême

des rives

il se voile de pluie

et s'alourdit

de l'invisible.


  

Dans mon pays

les poètes viennent

d'une respiration d'herbe

d'un soupir de fougère…

Ils en savent les racines

et se perdent

dans chaque déroulement.

 

Leur verbe

grandit dans le silence.

Il s'insinue

jusqu'à la limite du mystère

et enserre la conscience.

 

On les croise

sans les reconnaître

et ce n'est pas

la moindre blessure !

Alors

leur regard glisse

et atteint la mollesse des fleuves

comme pour s'y reposer.

  

Une fenêtre s'ouvre.

De grandes étendues

d'arbres et d'eau,

y chercher l'oubli

ou l'absence de soi.

Puissant        constant

l'invisible s'installe

sur la page où rien

ne sera écrit.

 

La vie palpitante

dans le remous d'orage

ou dans la sève

qui inonde soudain,

la vie s'éparpille

tout est illisible.

   

C'est un monde singulier

de terres érodées

un monde étrange de courbes et de poids

d'ombres et de gestes usés.

 

Il fallait vers l'indicible

tendre

ses nœuds

ses rêves épuisés…

Il fallait mêler

la boue à l'infini

et tout défricher

et tout arracher à la confusion.

 

Il fallait taire l'élan

qui jaillissait d'un jour à peine visible,

taire surtout

l'angoisse obstinée

qui marquait chaque passage.

Il fallait se libérer…

 

 Il fallait choisir

l'indifférence

ou l'âpreté

il fallait creuser…

 

Forêt

unifiée

primitive

peuplée de mythes

et de souvenances

et de destins anonymes

trop portés par le hasard

masqués par l'habitude

et les nuits sans réalité,

tout était proche

encerclant

écrasant.

 

Il fallait se dégager

et partir

oser partir…

©  Agnès Schnell

 

Extrait de « Froissures » 

 

Le premier souffle

avant le mot,

déchirure déjà !


 

 

Déchirures !

 

Celle

vague monstrueuse

hurlante

résonnante de non-amour

qui m'emporta,

poids mort sans lumière.

 

 

Celle

nuit dense

où le double opaque

s'est imposé

nuit immatérielle

de douleur et d'angoisse

qui l'emporta,

poids mort sans impulsion.

 

 

Déchirures encore !

 

Celle

palpable

combien plus violente

où fragilité et folie

dominèrent

où tout a basculé

qui nous emporta,

poids morts sans réalité.


 

 

Et celles

où ombres et mots s'effacèrent

et dont nous exaspérons encore

les vieux sillons.

 

Déchirures

ainsi ourlées

d'injustice

ou d'irrationnel

multiples    éternelles

à jamais indurées.


 

Longtemps j'ai attendu

une improbable saison.

 

Comme le fleuve au loin

charrie sa boue

et les débris de vies oubliées,

je murmurais des mots humides

doux à former.

Parfois, j'en cachais

taisant mon secret.

 

 

Dans mes veines

circulent pierres et pluies

glissements de branches

et mille écorchures de l'enfance

que les étés n'ont pas effacées.
 

 

Une enfance montée

à l'envers

de creux et de silences

isthme d'inquiétudes

que ne pouvaient distraire

ni sources ni colères.

 

Une enfance essoufflée

à éloigner d'un coup rageur

sans prise

ni vague porteuse

d'où s'échapperaient

mille chemins d'infini.

©  Agnès Schnell