Corinne Jeanson
Lisa, Lisa. Elle s'appelait
Lisa. Blonde, de la tête aux pieds. Avec des duvets inavoués au creux des genoux
et des manières de rire qui n'étaient que blondeur. Lisa-Lisa.
La sirène du bateau agitait le départ. Les passagers se pressaient contre la
balustrade blanche, luisante des mains engourdies, potelées, grandes, rouges. Et
Lisa, Lisa, Lisa dans ma tête. J'avais rejoint la foule que je dépassais d'une
tête. Lisa-Lisa. J'avais peint Lisa, toutes ces nuits à Berlin. Lisa en manteau
noir, Lisa dansant sous les feux blancs, Lisa dans le bain, Lisa après l'amour.
Lisa, là, proche, à demi pliée sur moi, Lisa loin, loin, si loin.
L'air était frais, le vent déjà brisait l'écume et le bateau s'éloignait,
lentement, pesamment et si docilement, sans frôlement, sans trace de violence,
là sur les flots bleu noir. Avec l'écume tout autour, l'écume aux bords des
lèvres de Lisa, que j'avais tant peintes, tant murmurées. Mon dernier crayon je
l'avais jeté à Paris, au fond de la Seine verte. Jamais plus, je le jurai, je ne
regarderais la vie pour la peindre.
Le bateau pour l'Amérique engloutissait Lisa. Un océan Atlantique me séparait de
Lisa. Lisa que je pianotais sur la balustrade blanche. Lisa qui m'abandonnait
pour chanter et danser dans les nuits de Berlin.
© 2007 - Corinne Jeanson - Tous droits réservés.