Georges Elliautou
Il faut qu'une porte soit ouverte ou...
Ma porte a pris la clef des champs ! Elle a profité de la nuit pour se dérober à
sa tâche, qui est de protéger le pauvre homme que je suis. Je l’imagine
baguenauder sur les chemins printaniers, enfin libre de toute attache. Elle
grinçait sur ses gonds ces derniers temps. Sans doute était-elle excédée aussi
d’être frappée par tous ces malotrus qui me fréquentent parfois inconsidérément.
Et que dire de mes petites amies qui retournent chez leurs mères, claquant la
porte sur mes illusions de vivre en paix avec une femme. Sans compter les
pestilences qui émanent de la circulation, et qu’elle prenait de plein fouet. De
quoi être jaloux de ma fenêtre qui donne sur le jardin en fleurs…
J’aurais dû la caresser d’un ponçage doux, soigner ses nombreuses blessures,
l’habiller de couleurs vives. Au lieu de cela, je l’ai négligée. Ingrat, je ne
l’ai jamais remerciée pour sa protection contre les fâcheux, les marchands, les
méchants. Je l’ai laissé se dessécher au soleil, se noyer de pluie, s’imprégner
de froidure. Sa jolie robe rouge géranium du début en est devenue toute pâle,
tachée de traces grasses et noirâtres de la pollution. Mais il est bien tard
pour le repentir. Elle est partie ! Chez moi s’engouffrent à présent le bruit et
l’odeur d’une banlieue bourrée d’usines et de transports de toutes sortes.
Vais-je la remplacer ? Ou vais-je laisser béant mon domicile pour que chacun
puisse venir s’y réfugier entre deux galères sans avoir à me demander la clef ?
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