Les quatre soeurs       

Blandine Bergeret

 

 

- Sidonie, assieds-toi. Le dîner n’est pas terminé. Noémie, aide-moi, s’il te plaît. Surveille tes sœurs. Moi, je m’occupe du dessert. Voilà. Tout est sur la table. Aglaé, je t’ai déjà dit d’attendre que tout le monde soit servi !

Ah, les enfants ! Il faut toujours être derrière eux. On s’absente une minute, on tourne le dos deux secondes et ils en profitent pour faire une bêtise.

- Noémie, arrête. Ne mets pas tes doigts dans le pot de confiture. Non, tu ne t’essuies pas sur ta robe.

Ces trois chipies vont me faire tourner en bourrique.

- Arrêtez de vous disputer. Si vous continuez, ce soir je le dirai à Maman. Elle vous fera les gros yeux, si elle apprend que vous ne m’obéissez pas. Aglaé, ne pleure pas. Je plaisante. Bien sûr que vous êtes gentilles, mes petites sœurs chéries. C’est juste que je suis fatiguée alors je m’énerve facilement. Allez, sèche ces grosses larmes. Là, viens me faire un câlin. Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bien vite…

C’est vrai que ces derniers temps je fatigue un peu, mais je n’ai pas le choix. Maman ne peut pas tout faire. Alors je l’aide. C’est moi qui veille sur les trois petites, leur donne leur repas, lave leurs croquignolettes robes à volants, leur brosse leurs longs cheveux blonds tout emmêlés et c’est encore moi qui leur lis des histoires avant que Maman ne rentre épuisée de ses ménages. A ce moment, elle prend le relais, nous donne le bain et nous met au lit en nous houspillant de nous presser. Plus tard, mes soeurs me remercieront. Elles sont trop petites aujourd’hui pour se rendre compte que moi, même si je les aime très fort, j’aimerais bien sortir un peu d’ici et rencontrer des gens de mon âge.

- Allez, je crois que vous êtes fatiguées. On va faire une surprise à Maman. On enfile nos pyjamas et au lit. Mettez-vous les unes à côté des autres. Comme ça, c’est très bien. Et attention, hein, pas de pipi au lit.

Maman a raison. C’est épuisant les enfants. Je la comprends, maintenant, quand elle nous crie après parce qu’on ne l’écoute pas et qu’on en fait qu’à notre tête.

- Chut, voilà Maman. Faites semblant de dormir les filles.

Et en effet, la porte s’entrouvre tout doucement…

- Où êtes-vous ?
- …
- Je sais que vous êtes là… Allez, sortez de votre cachette.
- …
- Montrez-moi vite le bout de votre nez.
- …
- Bon, ça commence à bien faire. Ce soir, je ne suis pas d’humeur à jouer à cache-cache.
- …

- Yvonne, viens m’aider. Madame Antonin fait encore des siennes.

- Allez, Madame Antonin, personne ne va vous les voler. Vous ne voulez pas que le docteur vous voie dans cet état pour la visite hebdomadaire ? Allez, lâchez vos poupées. Au bain et au dodo !


- C'est pas possible, elles vont nous rendre chèvre. C'est quand même pas cher payé, de s'occuper nuit et jour de tous ces petits vieux.


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