Pierre Ricour
Il s’était levé sans bruit et m’avait laissée dormir, étendue à poils sur le
grand lit.
Peu de temps après, j’avais également quitté la chambre et, n’entendant pas
de bruit dans la cuisine, je l’avais imaginé dans le salon, en train de lire
le programme télé de la journée pour ne pas risquer de perdre une émission
intéressante… Quelle idée ! Moi, la TV, c’est vraiment pas mon truc ! Je
préfère me promener ou, le soir, somnoler en imaginant des aventures les
oreilles bercées par une douce musique.
J’avançai jusqu’au salon, à pas feutrés pour le surprendre : il reposait sur
le canapé, assis, la tête appuyée sur le haut du dossier bien adapté à la
nuque : confort indispensable pour les longues soirées « films ». Il n’était
vêtu que de son pantalon de pyjama, pieds nus et torse nu.
Sa position me donna l’envie d’un petit câlin. Tout doucement, je m’assis
sur ses genoux, à contre sens, ma tête face à la sienne. Il se réveilla et
me sourit :
- Ah, Katia ! Tu es enfin réveillée !
Puis, voyant mes yeux énamourés,
- Tu ne penses vraiment qu’à çà ! Si nous allions plutôt prendre le
petit-déjeuner ?
Non, je préférais d’abord un peu d’amour et, sans lui répondre, j’appuyai ma
tête contre son torse. Jean accepta ma tendresse et, presque paternellement,
me fit un baiser sur la tête qu’il caressa gentiment. Sa main descendit sur
mon dos, suivant ma colonne vertébrale : je ressentis des picotements dans
le bas du dos qui se cambra un peu.
- Je vois que tu aimes toujours ça, apprécia-t-il avec un grand sourire.
J’eus l’envie de gémir de contentement, mais me contins. Par contre, je ne
tenais plus en place et me retournai doucement. Ecartant tous mes membres,
je détendis mon corps, l’offrant à ses mains, l’ouvrant à ses cajoleries. Il
aimait me câliner la poitrine et le ventre, fourrager ma toison… Je me
sentais divinement bien et je remarquai que, sous le bas de mes reins, mes
mouvements incessants lui faisaient aussi de l’effet. Mais je n’en voulais
que pour moi ce matin et je me laissai fondre de bonheur sans autre retour
pour lui qu’un sourire béat de satisfaction. Il s’en rendit compte car il
m’asséna :
- Finalement, il n’y en a jamais que pour toi !
Je me dis que Jean était un homme adorable et que j’avais bien fait de vivre
avec lui. Certaines amies ont eu moins de chance et reçoivent parfois plus
de coups que de tendresse. Moi j’ai fait le bon choix.
Des gargouillis troublèrent ma quiétude et le ventre nu de Jean. Il avait
faim et, à vrai dire, moi aussi. La vie n’est pas faite que de caresses.
Il me dit :
- Cette fois, finis les câlins : on va manger ! Tu m’entends Katia : «
Manger » !
Comme « amour », « manger » est un mot magique. Je me redressai donc,
quittai ses genoux avec souplesse et le précédai dans la cuisine. Là, je
l’attendis collée au frigo : me proposerait-il encore un de ces petits
déjeuners dont je raffolais ?
- Miaou, lui fis-je avec amour.
- Oui, je sais que tu as faim, Katia. J’ajoute un peu de saumon à tes
boulettes, fit-il gentiment.
C’est quand même bien un homme !
© 18 février 2007 -
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