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Le Festival du Mot
L’Agence universitaire de
la Francophonie et « Le Festival du Mot » ouvrent un concours d’écriture
en partenariat avec Points Seuil et l’Université de Bourgogne.
Le concours est ouvert à tous les étudiants, professeurs et
chercheurs francophones des universités du monde entier.
Les joueurs doivent réécrire
le
texte proposé, une brève nouvelle composée par l’écrivain Rémi
Bertrand, en utilisant des synonymes. Chacun emploiera le français de
son pays sans se référer nécessairement à la norme française, afin
d’illustrer la richesse de la diversité linguistique de la francophonie.
Les textes devront être transmis via
le formulaire
en ligne, avant le 30 avril 2007, accompagnés des
renseignements suivants : nom du candidat, prénom du candidat,
nationalité du candidat, pays de résidence du candidat, université dans
laquelle le candidat est inscrit comme étudiant, professeur ou
chercheur.
Un jury de personnalités françaises et étrangères, présidé par Alain
Rey, directeur éditorial des Dictionnaires LE ROBERT et président
d’honneur du Festival du MOT, sélectionnera et classera les vingt
meilleurs textes.
Le jury est composé de Rémi Bertrand, auteur du texte du
concours, Marc Cheymol, Administrateur délégué « Langue
française, diversité culturelle et linguistique » de l’AUF, Philippe
Delerm, directeur de la collection « Le goût des Mots » (Seuil),
Marc Lecarpentier, Président du Festival du Mot, ancien président de
Télérama, Xavier North, délégué général à la langue française et
aux langues de France.
1er prix : voyage et séjour à La Charité sur Loire pendant toute la
durée du Festival du Mot (6 au 10 juin 2007)
2e prix : un lot de 100 titres de la collection « Points-Seuil ».
3e et 4e prix : un lot de 50 titres de la collection « Points-Seuil »
5e au 11e prix : un lot de 10 titres de la collection « Points-Seuil
»
12e au 20e prix : un dictionnaire Nouveau Petit Robert de la langue
française 2007.
La proclamation des résultats a lieu le jour de l’ouverture du
Festival du Mot. Le texte original et les textes gagnants seront lus par
des comédiens.
Règles du jeu
Le jeu consiste à réécrire la nouvelle « Désordre intérieur » en
utilisant le plus grand nombre de synonymes possibles, et en évitant au
maximum les répétitions de mots.
Sans que cela soit nécessaire, il est permis de transposer le texte dans
un registre ou un niveau de langue différent (familier, argotique,
littéraire, épique, etc.), ou dans une variété lexicale du français en
francophonie (français du Québec, du Sénégal, de Madagascar, etc.).
D’une manière générale, un mot a rarement un « synonyme parfait ».
L’exercice consiste donc à trouver des équivalents, sinon à exprimer le
sens global par une formule différente.
L’équivalent proposé peut éviter le mot à mot pour préférer la
substitution d’un groupe de mots par un autre groupe. Dans tous les cas,
l’équivalent proposé doit être à la fois pertinent et cohérent dans
l’ensemble du texte.
Les joueurs doivent changer le nom des personnages (les deux
protagonistes devant être des synonymes). Par exemple : Monsieur Excès
et Monsieur Abus peuvent devenir Monsieur Appétit et Monsieur Faim, ou
Madame Cigarette et Madame Clope, ou Monsieur Besoin et Madame Envie,
etc. Chaque protagoniste trouvera sa place, en fin de texte, dans la «
phrase » constituée par l’énumération de ses voisins d’immeuble.
Le titre sera libre. Exemples : Désordre intérieur, Warning Walter !, W,
Double V, etc.
En revanche, il n’est pas demandé de chercher des synonymes aux termes
génériques « Mademoiselle, Madame, Monsieur », qui pourront être
remplacés les uns par les autres en fonction des personnages choisis. Le
personnage Walter Ego (cité deux fois), doit conserver son nom. La
dernière phrase (« Chaque mot chez soi et la langue sera bien gardée. »)
ne doit pas être traduite. Le numéro de téléphone restera inchangé.
Nouvelle proposée à la traduction
Désordre intérieur
Il est venu à moi sous la forme d’une lettre. « Monsieur Abus,
auriez-vous la gentillesse de me téléphoner au plus vite au 09 650 74
43. Monsieur Excès. » Il n’y avait pas d’autre indication. Je remarquai
néanmoins que l’expéditeur avait écrit mon adresse de chaque côté de
l’enveloppe, me privant ainsi de la sienne par mégarde. Un distrait,
avec ça ! Mais quelle importance, puisqu’il me suffisait de décrocher le
combiné ... Je songeai plutôt à appeler la police. Que voulait cet
importun qui me réclamait séance tenante ?
Ma sagesse me décida à ne rien précipiter. Je fourrai le papier dans mon
portefeuille et je finis par oublier l’affaire, absorbé par mon métier,
repris par les tracas de la vie quotidienne.
Deux semaines plus tard, en sortant de la gare, je me rendis compte que
je suivais quelqu’un. A chaque croisement de rues, j’espérais voir
l’individu quitter mon itinéraire ; il s’obstinait à le poursuivre, au
point que je m’amusai un instant à imaginer « Mais c’est pas possible,
il va chez moi ! », et je pouffai tout seul. Tout à coup, j’eus peur
qu’il se sente pris en filature et je ralentis le pas. Je le perdis de
vue. Lorsque enfin je bifurquai dans ma rue, j’eus un mouvement de
surprise : l’homme poussait le portail de mon immeuble. Un nouveau
voisin ? La concierge aura oublié de m’avertir... Je m’engouffrai à mon
tour dans le bâtiment. Je gravis les escaliers jusqu’au premier étage et
je constatai avec stupeur que l’individu était en train d’ouvrir la
porte de mon appartement : je le saluai et je continuai lâchement mon
ascension comme si de rien n’était, dissimulant tant bien que mal mon
incompréhension.
Je regagnai la rue pour observer mon appartement, le soir tombait ;
l’homme était assis près de la fenêtre, fumait une cigarette,
feuilletait un journal. Il était chez lui. C’était une telle évidence
que je me demandai ce que je faisais là.
Impatient de vérifier mon adresse sur ma carte d’identité, je remis la
main sur le mot vaguement anonyme. Une certitude s’empara de moi.
Monsieur Excès avait pris ma place.
En formant le numéro sur mon portable, je réalisai que j’appelais chez
moi, sur mon propre téléphone fixe. Derrière la vitre, l’ombre avait
disparu. « Allô ? » Je balbutiai : « Qui est là ? » « Excès », dit
l’homme. Il ajouta : « Walter Ego, dans l’intimité. » J’osai, honteux :
« Où êtes-vous ? » « Chez moi ... Pourquoi ? » Il raccrocha, choqué par
ma curiosité, mon sans-gêne.
Je pris une chambre à l’hôtel. Je passai une nuit blanche, accaparé par
la découverte de ma nouvelle condition. Dès l’aube, j’allai rencontrer
Madame Par, la concierge de « mon » immeuble. Elle se révolta : « Quoi ?
Encore un Walter ! ça, croyez-moi, i’ va valser ! Problème
d’aiguillage... C’est déjà arrivé, mais, chut, on ne dit rien aux autres
locataires… »
Monsieur Excès fut remercié poliment.
Je retrouvai mon trois pièces et mes paisibles voisins, Mesdames Loi et
La, et Messieurs Les,
Sexuels, Sont et Punissables. Sur le cadran général fixé à l’entrée, nos
noms reformèrent un ensemble harmonieux.
Excès fut charmant. Madame Par lui indiqua un duplex à louer dans le
quartier (plus tard je pris connaissance de la liste des locataires de
son immeuble : Mademoiselle Avec, Madame Mange et Monsieur Il). Avant de
partir, Excès m’interpella, soucieux : « J’ai l’impression qu’on se
connaît... » « Tatata, mais non, mais non » s’empressa Madame Par
l’entraînant par le bras, et, énigmatique : « Chaque mot chez soi et la
langue sera bien gardée. »
© Rémi Bertrand [1]
[1] Né en 1982 à Charleroi (Belgique), Rémi Bertrand est l’auteur d’un
essai ludico-humoristique remarqué sur les synonymes, Un bouquin n’est
pas un livre (Points/Seuil, coll. "Le goût des mots" dirigée par
Philippe Delerm, 2006), ainsi que de deux romans, La Mandarine blanche
(Le Rocher, 2005) et Coxyde (Somnambule Équivoque, 2006). Découvrez son
univers sur www.remibertrand.net
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