Pierre Mangin
Premier prix concours revue Bastet 2005
Toutes les réserves d'eau du ciel avaient dû s'ouvrir
soudainement pour se déverser d'un seul coup sur notre bonne vieille planète…
Depuis plusieurs jours je n'étais pas allé au jardin : impossible d'y pénétrer
sans s'enfoncer de quinze centimètres dans une boue visqueuse et grasse. Je me
contentais d'observer tristement mes beaux alignements se dégrader jour après
jour, mes haricots s'avachir dans leurs rangs inondés, mes carottes disparaître
sous une herbe dense, mes salades pourrir sous le trop plein d'eau et mes
tomates se couvrir des stigmates indélébiles de la maladie.
Ce n'est pas la première fois qu'il pleut au début de l'été, bien entendu. Rien
d'exceptionnel donc, excepté le fait qu'il ne pleut ainsi que sur notre région…
Un rayon de 30 ou 40 kilomètres, pas davantage… Dans le reste du pays, d'après
la météo, le temps est mitigé, mais cependant de saison… Le deuxième élément peu
commun est qu'il s'agit très exactement de la vingt-troisième journée
consécutive sans que le soleil daigne pointer le bout d'un rayon… Et sans que la
pluie ne cesse ne serait-ce qu'une minute… Elle tombe ainsi depuis la nuit de la
Saint Jean. Il faut avouer qu'il s'agit d'une coïncidence !
Et je suis formel… J'étais descendu au village ce soir-là. Les feux de la Saint
Jean, les gars qui boivent comme des trous, les filles qui dansent et tournent
autour du feu, je ne veux manquer cela sous aucun prétexte. Depuis des années
j'y vais régulièrement. Plus jeune je me coltinais avec d'autres gaillards, cela
faisait partie de la fête. Ce qui ne nous empêchait pas de nous réconcilier à la
buvette devant un coup à boire. Avant de nous recoltiner avec d'autres types !
Et puis, surtout, à la nuit noire, les filles devenaient moins farouches… Les
yeux langoureux de certaines étaient des invites. Et la soirée se terminait à
batifoler dans un pré non loin du feu ! Oh ! Vu mon âge, ce ne sont plus ces
éphémères aventures que je recherche. D'ailleurs les années accumulées sur mes
épaules m'interdisent les fossés humides. Mes rhumatismes ne supporteraient pas
! Mais j'aime à me remémorer mon jeune temps, j'aime considérer la relève, qui,
tout compte fait, n'a rien inventé de plus que nous.
Cette fameuse nuit de la Saint Jean, j'ai eu une aventure… N'allez pas croire
que je l'ai provoquée… Non non, j'étais tranquillement installé à la buvette à
regarder les gens s'amuser. Sur l'estrade un groupe folklorique local se
démenait pour faire tourner les danseurs autour du feu de plus en plus vite. La
nuit était tombée depuis une demi-heure, le feu crépitait, les flammes entraient
elles aussi dans une danse effrénée.
Je me réjouissais du spectacle lorsque j'ai senti un regard posé sur moi…
Un regard insistant… Un regard d'attente…
Déjà, une heure auparavant, j'avais eu la même sensation… Une jeune femme,
presqu'une jeune fille m'observait. Je l'avais trouvée plutôt jolie mais n'y
avais pas prêté davantage attention. J'aurais pu être son père ! Les jeunettes
recherchant mâle viril et accompli, très peu pour moi. Je compatis, les petits
copains de leur âge sont souvent un peu balourds, inexpérimentés, indélicats…
Soit ! Mais de là à aller débaucher un homme de vingt ou trente ans leur aîné…
Bref, j'avais oublié la belle et ses yeux cajoleurs.
Mais voilà qu'à la nuit venue elle revenait à la charge !
Je savais que c'était elle. Ce ne pouvait être qu'elle… Les yeux que je sentais
posés sur mes épaules ne pouvaient appartenir qu'à la jeune fille de tout à
l'heure…
Alors je l'ai cherchée, décidé à croiser son regard et à en assumer les
conséquences… Elle était installée de l'autre coté du feu, assise sur l'une de
ces chaises en plastique mises à disposition par la municipalité. Je me suis
levé pour m'installer auprès d'elle : une chaise vide semblait m'attendre.
Nous liâmes rapidement connaissance. En la regardant de plus près, je vis
qu'elle était d'une beauté peu commune. Elle possédait un visage dont doivent
rêver les peintres. Ses traits étaient fins, sa ligne de cou parfaite, sa bouche
superbement dessinée.
Après avoir bu un ou deux verres en bavardant avec la plus grande simplicité,
comme deux vieux compères, nous sommes partis bras dessus bras dessous. Ceux qui
nous ont croisés ont dû penser qu'un père raccompagnait sagement sa fille…
Arrivée chez moi elle ne s'étonnât de rien… J'habite une petite maison isolée,
on ne peut y venir en voiture, il faut terminer le chemin à pied. Trois cents
mètres d'un petit sentier serpentant le long de la forêt. Des légendes circulent
sur ma maison. Elle aurait été habitée, il y a de cela bien des années, par une
espèce d'ermite au caractère irascible qui jetait des sorts sur tous ceux et
toutes celles ayant l'outrecuidance de venir l'importuner dans son repère.
Certainement un vieil excentrique ne désirant voir personne, et qui avait trouvé
le moyen de faire fuir les inopportuns ! Finir le chemin à pied ne semblait pas
surprendre ma conquête et venir chez un homme seul, habitant isolé au plus
profond de la forêt, ne l'inquiétait pas… Elle s'émerveillait de tout, se
serrait contre moi en trottinant gaiement.
Près du feu je l'avais trouvée extraordinairement belle… Quand elle s'est mise
nue, je fus subjugué… Subjugué par la blancheur nacrée de sa peau, subjugué par
la totale harmonie se dégageant de son corps agile, subjugué par ses deux seins
ronds de jeune fille, par son ventre lisse, son ventre de femme n'ayant jamais
enfanté, subjugué par son triangle d'or dissimulant à peine les pétales d'une
fleur des plus pures… Dans un souffle elle me dit s'appeler Marie…
Comment dire l'amour avec Marie ? Les mots me manquent, les superlatifs sonnent
creux. Simplement, ce fut exquis. Une cure de jouvence… Ses baisers étaient
caresses de papillon, ses caresses velours le plus doux, son intimité le plus
soyeux des tissus précieux…
Elle était à la fois timide et délicieusement espiègle, remplie de la fougue de
son âge. Je ne comprenais pas que tant de grâces ne trouvent qu'un vieux
célibataire comme moi pour s'exprimer. Mais, après tout, puisque cela semblait
lui faire plaisir… Je m'abandonnais sans retenue à la joie de saisir entre mes
mains rêches la souplesse d'une chair jeune et délicate…
Contenté, épuisé, satisfait, je me suis endormi entre ses bras.
Quand j'ai ouvert les yeux, la Lune inondait le lit de sa lactescence. Je me
tournais vers ma jeune amante.
Et poussai un cri de terreur !
Une vieille femme était allongée à mes cotés…
Une vieille femme hideuse…
Qui dormait en émettant d'infâmes gargouillis !
Quelques poignées de cheveux blancs filasse ne suffisaient pas à recouvrir son
crâne ridé… Des membres osseux, maigres à l'extrême, se détachaient sur le blanc
du drap…
Une odeur nauséabonde se dégageait de ce corps décharné…
J'étais terrorisé par la vue de cette vieille inconnue, par l'idée d'avoir pu
dormir à côté de… de… de ça !
Il m'a fallu surmonter mon dégoût. Au contact de son épaule si froide, si raide,
j'ai eu l'impression de secouer une morte…
Elle se réveilla… Me fit une horrible grimace… Qui sûrement se voulait sourire…
— Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans ma maison, dans ma chambre, dans mon lit
? Qui vous a permis ? Qui vous a fait entrer ? Et où est la jeune femme qui
dormait à votre place ? Qu'en avez-vous fait ? Pourquoi êtes-vous là ? Que
voulez-vous ?
J'abreuvais la vieille de questions. Ma terreur me faisait l'agresser
verbalement. Comme si le flot ininterrompu de mes paroles pouvait chasser cette
abominable vision. Je me sentais violé dans mon intimité à me retrouver nu
devant cette antiquité. Sur la chaise où Marie avait déposé ses vêtements,
reposaient maintenant d'affreuses loques malodorantes et sales… Je croyais être
le jouet d'hallucinations… Certainement, un cauchemar détestable perturbait mon
sommeil. Après les instants si doux vécus avec Marie le rêve était cruel… Une
voix chevrotante me ramena, terriblement, à la réalité… Je ne dormais pas, je ne
cauchemardais pas davantage que j'hallucinais : la vieille me parlait…
Elle me parlait… Non, elle hurlait dans mes oreilles des cris suraigus, des
injures, des insanités, des atrocités de toutes sortes… Chacune de ses paroles
était vipère malfaisante et perfide… Elle m'invectivait, disant que j'étais un
salaud, que j'avais abusé d'elle, que je la rejetais maintenant que j'avais eu
ce que je voulais, qu'hier au soir avant de lui faire l'amour j'étais bien plus
aimable !
Avant de lui faire l'amour ! Comme si j'avais pu faire l'amour à cette vieille
peau ! Ridicule, insensé, aberrant, impensable, absurde, inepte, impossible !
Idée stupide, loufoque, comment cette vieille folle voulait-elle me faire gober
cela ? Et où est Marie ? Pourquoi est-elle partie ? Elle semblait si détendue,
si heureuse…
L'hideuse apparition se calma un peu pour m'expliquer de sa voix tremblante :
— Je suis Marie… Je suis Marie que tu as aimée hier au soir… Je suis celle que
tu as embrassée si goulûment… Et maintenant tu me rejettes… Cette nuit, tu as
rompu une malédiction… Oui, une malédiction… L'envoûteur qui habitait ici il y a
bien longtemps, bien des années même avant ta propre naissance, m'a jeté un
sort… J'avais alors vingt ans, j'étais belle comme la rosée du matin, belle
comme tu m'as découverte hier. Un jour en me promenant dans la forêt, non loin
d'ici, je suis tombée nez à nez avec ce suppôt de Satan concentré sur de
maléfiques incantations… À vingt ans on est bête, intrépide, irréfléchi. Je l'ai
provoqué en riant tout haut de ses prières. Il m'a regardée, de son air le plus
sombre, et m'a promis, pour me punir, l'éternelle jeunesse, l'ineffable beauté…
Je suis partie en riant de plus belle de son sort imbécile… L'éternelle jeunesse
! Comme si cela pouvait exister ! Et comme si cela pouvait être une malédiction
! Ah oui ! Tu peux dire que je riais alors ! Par tout le village j'ai conté mon
aventure. Les anciens n'avaient pas envie de sourire à mes dires… Et puis, petit
à petit, j'ai compris… Avec le temps, les années, j'étais devenue si belle que
les garçons s'éloignaient de moi : je les intimidais au point de leur faire
peur. Et puis j'ai vu ma famille, mes amis, vieillir, mourir… Moi je demeurais
toujours aussi jeune, toujours aussi belle. Le temps n'avait plus d'emprise sur
moi… Je n'étais atteinte d'aucun de ces maux qui sont le triste apanage de
l'âge. J'ai accompagné tous mes amis dans leur dernière demeure… Ils étaient
devenus de vénérables vieillards… J'étais seule, terriblement seule. Jeune,
belle, et désespérément seule… Pour rompre le charme, l'ensorceleur m'avait dit
qu'il me faudrait être aimée ici même, dans cette maison… Les années ont passé,
aucun homme ne voulait de moi, j'étais rejetée comme une sorcière. Et puis,
cette maison restait vide, personne avant toi n'a voulu l'habiter. Je suis
partie, loin, dans des pays où j'étais une inconnue. Les hommes se retournent
sur moi, mais aucun n'ose m'aborder : la trop grande beauté fait peur… Elle fait
aussi peur que la trop grande laideur… Enfin j'ai appris qu'un homme vivait à
nouveau dans cette maudite maison. Il me fallait te rencontrer. Tu n'as pas eu
peur de ma jeunesse. Tu n'as pas eu peur de ma beauté. Tu m'as aimée. Et tu dois
continuer de le faire, tu ne dois pas me chasser de ta maison. Ou alors… Ce
serait terrible… Le soleil se cacherait à ta vue. Une pluie sans fin inonderait
tout. Jusqu'à ce que tu me reprennes dans ta couche…
Cette vieille schnock racontait n'importe quoi. Des histoires sans queue ni
tête… Elle osait prétendre que je devais la garder avec moi, que je devais
m'accommoder de sa présence ! L'idée de dormir avec cette femme en pleine
déliquescence me donnait l'envie de vomir. J'étais furieux ! Sans aucun
ménagement je l'ai sommée de déguerpir. Bien sûr, mon éducation m'a appris à
respecter les anciens. Mais ce n'était pas une aïeule que j'avais en face de moi
! C'était un monstre, une caricature de mort-vivant, un film d'horreur à elle
seule…
J'ai cru défaillir en voyant ses seins informes pendre lamentablement sur son
ventre flasque. Sa peau était tâchée, flétrie par les ans, fripée, grasse…
Instinctivement j'avais remonté les draps pour cacher ma nudité. Dérisoire
protection… Mais qu'était devenue Marie, sa peau de lait, ses deux seins fermes
en forme de pommes ? La vieille a pris ses fripes immondes, qui furent
peut-être, il y a bien longtemps, des vêtements, et elle quitta ma chambre. Elle
quitta ma maison…
Elle est partie sous le violent orage venant d'éclater au-dessus de nos têtes…
Elle est partie sous une pluie battante. Elle est partie en pestant, en
vitupérant, en crachant d'infâmes obscénités, en invoquant tous les démons de
l'enfer… Et en me promettant une vie sans soleil…
Elle était effrayante à voir, si maigre, si décharnée, gesticulant dans le
fracas du tonnerre. Les éclairs dessinaient des ombres fantasmagoriques sur sa
silhouette anguleuse. À chaque bourrasque seul un miracle empêchait qu'elle fût
balayée tel un fétu de paille. Les trombes d'eau devaient la traverser de part
en part… Mais le courage me manquait de la rappeler pour lui dire d'attendre à
l'abri la fin de l'orage. Elle me faisait peur, cette folle sortie de je ne sais
où…
La vie réserve des hasards forts curieux… L'orage, d'une violence inouïe,
s'était déclanché au moment précis où je flanquais la vieille peau dehors. Et
depuis ce jour il pleut ! Oh ! Pas aussi dru, non, plutôt une pluie régulière,
abondante sans excès, terriblement lancinante, foutrement pénétrante… Comme si
les prédictions de cette sinistre apprentie prophète pouvaient se réaliser !
Balivernes, foutaises et compagnie ! Je n'en crois pas un mot !
Marie s’était volatilisée… Son souvenir berçait parfois mes nuits. Les instants
partagés avec elle avaient été d'une intense félicité, et c'est avec nostalgie
que je songeais à elle, à sa jeunesse…
Au contraire, je revoyais de temps à autre mon épouvantable hystérique. Elle
apparaissait alors que je m'y attendais le moins, surgissant de nulle part,
vêtue de ses lamentables haillons. Elle me regardait sans dire un mot. Un regard
implorant et dur à la fois… Un regard que je ne pouvais soutenir… Par peur… Par
lâcheté…
Je savais qu'elle était cinglée. Mais de la voir ainsi sous cette pluie… Je me
demandais comment elle faisait pour ne pas attraper la mort…
Je vous disais que la vie à de curieux hasards. Un jour, j'en ai eu assez de
cette pluie. Et j'ai décidé d'aller passer le week-end sur la côte. La mer n'est
pas si loin d'ici et la météo m'assurait le soleil. J'ai subi la pluie tout le
week-end ! Orages et averses localisés comme ils disent… À croire que la pluie
suivait mon itinéraire. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à la grimace de
la vieille peau quand elle me promettait une vie sans soleil ! Quel hasard ! En
me promenant le long de la grève, j'ai cru entendre un ricanement venant des
dunes, et il m'a bien semblé l'apercevoir. J'ai couru vers les dunes : rien, il
n'y avait personne. Juste des pas dans le sable, vite effacés par la pluie…
J'avais dû rêver.
Vingt-trois jours de pluie. C'est vrai qu'il y a de quoi devenir neurasthénique
!
Ce matin, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Comme chaque samedi je suis descendu
au village faire mon marché. Et je me suis arrêté au camion. Un grand camion où
ils vendent des vêtements. Des vêtements du temps de ma grand-mère. J'ai acheté
de quoi couvrir cette bougresse… Oh ! Pas grand chose… Un fichu gris, une blouse
en coton perlé et aussi une jupe à grosses fleurs, ainsi qu'un chandail beige.
Je voulais également lui prendre des bottines, qu'elle ait enfin les pieds au
sec, mais j’ignorais sa pointure. La vendeuse m'a assuré que la personne
pourrait venir échanger. Alors… Alors j'ai demandé de quoi habiller une personne
âgée, de quoi l'habiller des pieds à la tête. Je comptais dire à la vieille, à
l'occasion d'une de nos rencontres fortuites, de passer prendre le tout à la
maison.
En fait, de retour du marché je l'ai trouvée devant ma porte… Elle m'attendait,
assise sur une grosse pierre, indifférente à la pluie intense dégoulinant sur
ses épaules. Une profonde lassitude transpirait de tout son être…
C'est curieux, j'étais plutôt content de la voir assise devant ma porte. Elle
avait l'air si fatiguée… Après tout, le jour était peut-être venu. Cette pluie
incessante, depuis toutes ces semaines, et qui semblait me suivre, c'était tout
de même étrange. J'étais habité, malgré tous mes raisonnements d'une rationalité
sans faille, par une pensée obsédante. Un truc inexplicable revenant
inlassablement, en boucle. Un doute qu'il me fallait bien éclaircir. Cette
vieille femme et sa malédiction imbécile… C'était certainement stupide, mais il
me fallait une réponse… Aujourd'hui…
Je lui ai proposé de rentrer pour se sécher, se laver, se changer.
La vie a de curieux hasards… À peine la vieille eut-elle passée la porte, qu'un
rayon de soleil illumina la pièce ! La pluie avait cessé, aussi soudainement
qu'elle s'était abattue, il y a vingt-trois jours… La campagne s'irisait des
couleurs de l'arc-en-ciel, une brume légère montait lentement vers le ciel. Déjà
les oiseaux reprenaient leurs chants d'été…
Un peu plus tard, quand j'ai voulu jeter les hardes puantes de la vieille, j'ai
reconnu sur le tissu délavé par les ans le même motif que celui imprimé sur la
jupe portée par Marie, cette fameuse nuit de la Saint Jean…
Perplexe je contemplais ma découverte quand elle est sortie de la douche.
Propre, coquette, joliment coiffée, habillée de neuf, fleurant bon l'eau de
lavande.
Elle me souriait…
Et j'ai compris…
Depuis, elle dort chaque nuit dans mon lit… Elle est si âgée… Si fatiguée…Ses
forces diminuent de jour en jour… Toutes ces années l'ont tellement usée qu'un
matin elle ne se réveillera pas… Parfois elle pose sa main sur mon épaule. Elle
dit que cela l'aide à s'endormir paisiblement…
Je n'ai qu'un regret. Celui de n'avoir pas vécu quelques dizaines d'années
auparavant…
Ou quelques centaines… Je ne sais pas…
Dehors, l'été s'écoule tranquillement.
©
2006
- Pierre Mangin - Tous droits réservés.