La femme du cafetier

Lenoir

 


Toi, j’taime comme ton café, court, fort et bien serré… roucoulait Marilou avant de sourire comme si rien ne pourrait jamais l’empêcher d’étreindre cet homme là.
Et sur ses hanches, ses mains à lui tremblaient d’un bonheur que même les anges du ciel ne pouvaient pas comprendre…


Je me souviendrai toujours de cette nuit d’hiver et de cet homme seul devant son ballon, qui lorgnait les lueurs chatoyantes de la place du marché, sans émotion, aucune. Je me rappelle vaguement m  ’être dit que nos solitudes respectives avaient quelque chose d’unique, de fraternel et d’abominablement humain. Les errances de comptoir rendent accessibles aux hommes les mêmes perspectives, les mêmes gloires et les mêmes démences reflétées dans la valse cafardeuse des breuvages que seuls peuvent se payer ceux qui n’ont rien de prévu pour les cinq ans à venir. L’homme portait un bonnet de docker, il avait un gros nez, une mâchoire carrée et une barbe broussailleuse piquetée ça et là de marcs de café. Son expression, je ne pouvais l’apercevoir, mais je la devinais animée d’une nostalgie des jours de fête, d’une grande compréhension métaphysique du tout, du rien, ou de quelque chose se situant entre ces deux rives. J’avais une sincère envie de lui adresser un sourire, mais l’idée de l’entendre bégayer quelques chagrins de longue date me brisait le cœur à l’avance.

Allez les gars, faut rentrer au bercail, déclara le patron, avec au fond des yeux, les vestiges d’une guerre aujourd’hui révolue. Intimement, je savais que le vieux ne se laisserait pas sortir sans castagne. Pas le genre à obtempérer. Alors je me suis timidement approché de lui, et j’ai passé mon bras autour de ses épaules. Il a reniflé et a tenté mollement de me repousser.
Je l’ai serré très fort.    

L’aube s’attardait sous la neige. Le barbu titubait à mon bras, il n’était plus grand-chose, nous n’étions plus grand-chose.

Plus loin, le patron nous rejoignit et il m’aida à porter notre père.

Nous sommes rentrés chez nous, il était presque minuit et c’était le premier noël que nous passerions sans maman.
 

    
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