Hier encore...   

Frédéric Maguire

 

Il était assis sur le banc. Mais pas n'importe quel banc. Ici, ce n'étaient pas les graffiti qui étaient à la mode. Plutôt les sculptures… Avec ses copains, ils y ont gravé leurs prénoms. Et tout de suite après, leurs surnoms. Certains cons, adultes pour la plupart, disaient que ce banc ressemblait à une pierre tombale… Mais c’était leur banc. Leur territoire. Celui qui n'avait pas son nom inscrit ne pouvait s'y asseoir. Du moins, c'était ce qu'ils prétendaient. En fait, aucun d'eux n'avait jamais expulsé la moindre fesse inconnue de ce bloc de béton.

Surtout qu'il était rare qu’il n’y eut personne de la bande qui y fut vautré. Si cela arrivait, et seulement si vous aviez osé vous en approcher, vous auriez pu y lire des noms qui faisaient penser à la grande époque des films en noir et blanc : Marco l’embrouille, parce qu’il mentait tout le temps. Bruno le grand, parce qu’il était le plus petit de la bande. Pascal Gros-Cube, parce qu’il n’avait jamais la même moto… Quelques autres encore, mais qui ne venaient pas souvent. Pour former une bande, il fallait du monde. Alors, ils gravaient…

Il s’allongea sur le banc. Lui, c’était Nico la Plane. Parce qu’il planait… Souvent… Avant, les autres l'appelaient Mister Smile… Il donnait toujours l'impression d'avoir perdu père et mère. Beaucoup se demandaient la raison pour laquelle ils l'avaient accepté dans le groupe. Triste et sans humour, il restait parfois des soirées entières avec eux, sans jamais prononcer le moindre mot.

Puis un jour, il a rencontré la bière… Désormais, au bout de quelques canettes, il arrivait à parler, et quelquefois, à faire rire l'assistance… On venait même le chercher avec du ravitaillement, dans l'espoir qu'il fut pris d'un de ces petits délires, pendant lesquels il improvisait des sketchs souvent très drôles, en imitant les habitants du quartier. Mais de temps en temps, sans que lui ni les autres ne sachent pourquoi, il inventait des histoires. Si elles n'étaient pas d'une très grande gaieté, il sentait que les autres les appréciaient. Ils ne l'auraient jamais dit. Cela aurait été trop la honte…

*

            … Hier encore, les sangliers étaient sur la place du village. Ils venaient ainsi tous les dimanches, à la fin du marché. Ils arrivaient toujours du même endroit : après avoir contourné l’église, là-haut, ils descendaient le petit chemin que prennent les gens pour aller ou revenir de la messe. Quand le curé n’était pas parti officier dans une des communes  voisines, il faisait sonner les cloches pour prévenir ses ouailles de l'arrivée de la harde. Mais c’était inutile, car chaque villageois savait. Les sangliers s’arrêtaient toujours près du cimetière, comme pour faire une pause. Ils foulaient la terre de leur groin, tandis que les petits se reposaient. Puis le plus vieux poussait un râle, et tout le groupe se mettait de nouveau en marche.

Quand le temps et les parents le permettaient, tous les enfants pouvaient marcher à leur côté. Ils les accompagnaient ainsi jusque sur la place du village. Les plus grands étaient devant, pour ouvrir le passage. L'escorte restait silencieuse, de crainte d'effrayer les marcassins. Une étrange communion s'installait alors entre l'enfant et l'animal.

            Personne ne savait à quelle époque avait pu commencer ce pèlerinage hebdomadaire. Une légende, racontée par les anciens du village, prétendait qu’un vieux mâle avait été soigné au siècle dernier par un paysan et que, depuis, ses descendants venaient chaque dimanche pour défendre et protéger le village. Les jeunes y croyaient. Et oubliaient la version de quelques rabat-joie qui prétendaient que les cochons ne venaient que pour manger les poubelles laissées par les forains. Quelle foutaise !!!

            Arrivés sur la place, ils se regroupaient en son centre, et la majeure partie des habitants  s'en approchait. Chacun muni d'un sac en plastique ou une vieille casserole, lesquels  contenaient de quoi les nourrir.

Bien sûr, les petits étaient les plus gâtés. Sous le regard de leurs mères, ils venaient auprès des petites mains tendues, et attrapaient avec douceur les fruits et les légumes qu’on leur avait réservés.

            La mère de Nico prévoyait toujours son repas du samedi soir de façon à ce qu’il y ait des restes le lendemain. Certains sangliers avaient même pu, parfois, se délecter avec des endives au gratin, du bœuf bourguignon ou des pommes de terre aux cèpes…

Leur visite ne durait qu'une petite heure, et c’était encore le plus âgé qui, en se dirigeant vers la sortie du village, annonçait le départ. Contrairement à leur arrivée, aucun d’entre eux ne partait dans la même direction. Des petits groupes se formaient et disparaissaient, soit après avoir traversé la rivière, soit en passant derrière la maison du maire. Quand la place, soudain trop grande, s’était vidée, chacun s’en retournait alors chez soi en espérant que, dimanche prochain, ils seraient encore au rendez-vous.

Jamais l'un d'entre eux n'avait eu l'idée de les suivre ou de les chercher. Sauf une fois. Et encore…Un journaliste, qui venait de la grande ville… Il avait entendu parler de cette histoire. A peine était-il sorti de sa grosse voiture qu'il posa beaucoup de questions. Et n'obtint que quelques réponses évasives de Pierrette, la patronne du bar, trop heureuse de jouer la demeurée devant ce grand couillon. Il attendit jusqu'au dimanche et assista à la scène sans même y participer. Au moment du départ des sangliers, il annonça sa décision de les suivre, malgré les conseils de tous les témoins. Et de quelques menaces aussi.

Il prit trois gros sacs dans son coffre. Il en sortit deux appareils photos et un magnétophone, puis plusieurs micros. Après les avoir chargés sur son dos, il quitta la place du village, et se dirigea dans la direction de la forêt, certain de découvrir le secret de cette légende. Mais à peine eut-il posé le pied sur le chemin de terre, qu'il se brisa la cheville. Il fallut toute la persuasion de madame Arsac, le maire, pour que quelqu'un se décide à appeler une ambulance…

*

            Les yeux fermés, Nico avait deviné tout de suite que sa tranquillité allait mourir d'ici peu. Les hurlements d'un moteur, augmentés par la résonance des voûtes de béton, violèrent ses oreilles. Un spot énorme lui arracha les yeux et s'arrêta devant lui. L'alien, qui conduisait cet engin, ôta son casque et laissa apparaître une chevelure hirsute.

                        - Alors La Plane, ça plane ? ! ! 

            Sur sa moto encore différente de la veille, Gros-Cube se prenait pour un caïd. Nico n'arrivait pas à le regarder fixement dans les yeux. Non pas qu'il en avait peur, mais le mépris, la suffisance, et certainement la haine, envahissaient le regard du motard. Et ce genre de comportement lui donnait rapidement la nausée.

                        - Tu viens faire un tour ?

                        - Non merci, Gros-Cube… J’attends un pote…Et…

            Ce n’était pas vrai, mais il n’aimait pas monter derrière Gros-Cube. Trop fou… Trop rapide. Et tout ce qui était rapide déplaisait à La Plane

                        - Comme tu veux… Mais t’as tort ! Celle-là, elle est d’enfer ! !

            Un signe de la tête et il démarra après avoir fait, une nouvelle fois, hurler le moteur, les pneus et les voisins. Le temps que La Plane se redresse, l’autre sinuait déjà entre les voitures…

*

            Hier encore, la plus grosse moto qu’il avait vue, c’était la mobylette du facteur. Chaque matin, on l’entendait arriver, derrière les collines. Le moteur semblait pouvoir exploser à chaque instant. Il faisait même pitié. De le sentir gronder ainsi pour transporter les cent kilos du postier, on avait mal pour lui. C’est seulement quand il amorçait la grande descente qui menait au village, qu’on le sentait se libérer, et qu’il laissait la pesanteur faire son travail. On voyait alors une masse jaune et noire arriver à vitesse réduite, et stopper enfin à la première maison, celle de madame Arsac. Commençait alors le tango du facteur : Le spectacle de ce gros bonhomme qui allait à droite, puis à gauche, était l’occupation matinale des vieux. Assis sur la terrasse du bar, située au bout de la rue, ils engageaient des paris pour trouver à quelle maison il s’arrêterait le plus longtemps. Quand il faisait mauvais temps, il fallait deviner à quel moment il ferait tomber sa mobylette ou un paquet. Il faut avouer que c’était particulièrement amusant de le voir danser avec cet engin alourdi par les colis, et qui avait toujours tendance à vouloir arriver en bas avant son propriétaire. Ce dernier enchaînait des figures acrobatiques pour retenir ce "vélomoteur", comme il disait, et qu’il avait tant désiré. Il y a quelques années, il faisait encore sa tournée à bicyclette. Mais le poids des ans avait obligé l'Administration à accepter de lui procurer un engin motorisé. Comme il n'avait pas de permis de conduire, il était arrivé un matin avec une superbe mobylette toute neuve, toute jaune, avec deux très jolies sacoches noires. Il adorait sa mobylette. Surtout que grâce à sa rapidité, il pouvait passer un peu plus de temps au bar. Mais associée à l'arrêt brutal de tout effort physique, il prit, en l'espace de deux ans, une trentaine de kilos, que le petit moteur ainsi que les amortisseurs n'avaient pas prévu.

Au bout d’une heure, il présentait enfin aux spectateurs assidus son visage écarlate, perlé de sueur, d’où deux billes bleues semblaient vouloir s’extraire. Alors, tout le monde se levait, et les perdants du pari lui offraient le pastis revigorant. Puis débutait le second rôle du facteur Pugnières : le commérage. Ses sources d’informations venaient des entrailles perfides de ses sacoches. Il s'asseyait sur l'unique tabouret de bar qui semblait n'avoir été acheté que pour le confort du narrateur. Cela lui donnait le pouvoir de dominer son public, chose que son uniforme, trop sale et mal repassé, ne lui avait jamais offert.

Après s'être assuré de l'attention de tous, il posait ses mains sur les genoux et se mettait à parler à voix basse, comme au confessionnal : Madame Paulette avait enfin reçu une lettre de son fils en provenance de la caserne de Lille, une ville du Nord, paraît-il, et où il fait très froid. Monsieur et Madame Dulieu avaient encore reçu une lettre de rappel. L’électricité, cette fois. Il faut dire qu’avec ce qu’ils dépensent en bouteilles de vin, ils pourraient facilement régler les factures de tout le village ! Il y a des soirs où les baffes tombent à tout va. Et que c’est même « la Dulieu » qui en donne le plus. L’autre jour, le « p’tit Romain » avait vu le mari qui portait des lunettes de soleil, en montant dans sa voiture…ça veut tout dire… Chez Robert Demange, il avait encore déposé un colis venant de Paris. Depuis qu’il était veuf, il en recevait un toutes les semaines. Avec toujours le même cachet : Gare Saint-Lazare. Jamais le vieux Robert n’avait voulu confier à Pugnières ce que contenaient ces colis. Mais son beau-frère lui avait dit qu’à la gare Saint-Lazare, c’était le quartier des boutiques vidéo pornos. Et c’est vrai, quand on y réfléchit… Demange… C’est le seul du village à avoir un magnétoscope…

*

                        - Eh Nico ! Tu viens avec nous ? Y a une boum dans la tour d’en face ! On s’incruste, y paraît qu’y a des gonzesses !

            C’était Marco l'embrouille qui dirigeait le petit groupe. Signe que cette fameuse boum se finirait certainement avec des tapes, mais pas dans les dos…

                        - Non, les gars… Pas maintenant, je vous rejoindrai.

                        - Oh l’aut… Tu dis toujours ça et pis on t’attend encore ! Allez, Viens ! Y a Annie et t’as la côte à fond avec elle !

            Il les regarda un par un. Hirsutes et les doigts pleins de cambouis, il se dit qu'il se voyait mal se mélanger avec eux. La nuit ? Passe encore ! …

                        - Ouais, je viendrai tout à l’heure, promis ! …

                        - Tu fais chier, la Plane ! … T’es pas marrant. On va s’la faire à ta place, la p’tite Annie ! …

C'est ça. Grand bien lui fasse…, pensa La Plane

*

            Hier encore, il l’attendait à la sortie du collège. Les "troisièmes" sortaient toujours avant les "quatrièmes". Il la voyait tout d'abord apparaître avec ses copines avec lesquelles elle rigolait. Un petit signe de la main pour les quitter, puis elle traversait la route après avoir regardé à droite et à gauche, juste pour faire danser ses cheveux. Elle savait qu'il adorait ça. Elle voyait sur son visage ce sourire qui aurait pu l'emmener hors du temps. Quand ils n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, sans dire un mot, ils tournaient le dos à toute la cohue, et faisaient alors à pied les deux kilomètres qui les séparaient du village.

 Tout le monde l’appelait Betty. Lui l’appelait "Zabette". Personne n'osait les accompagner, trop respectueux de leur am… leur attache. Au début, des gamins du village voisin avaient voulu les suivre. "Oh les amoureux ! Oh les amoureux !". Ce que ces débiles croyaient être de la moquerie était, pour eux, le plus beau des compliments. Devant leur réaction silencieuse, mêlée d'une indéniable fierté, ils se lassèrent très vite… et préférèrent retourner jouer au foot…

Avec elle, il aurait pu marcher des jours entiers. Avec lui, elle aurait voulu parcourir la planète entière. La petite route sinueuse n'avait plus de secrets pour eux. Ils en connaissaient tous les arbres, toutes les pierres. Chaque saison apportait un décor différent et ils pouvaient en décrire chaque détail. Un jour qu'ils avaient croisé un écureuil, il lui avait dit que celui-ci courait certainement raconter leur histoire à ses enfants. Et que ça devait être magnifique à écouter. Elle s'immobilisa et le regarda fixement. "Je t'aime, Nicolas… Pour toujours… Je te le jure…". Un autre écureuil apparut, et prit le même chemin que le précédent.

            Quelques minutes après leur départ du collège, ils étaient rejoints par la petite camionnette de monsieur Arsac, qui ramenait les autres enfants. Et c'était seulement quand celle-ci avait disparu qu'ils se prenaient la main. Plus aucun témoin à l'horizon. Ils marchaient en silence pour profiter totalement de tous les bruits que leur offrait la nature. Ils gardaient néanmoins l'oreille tendue car, bientôt, ils allaient croiser le facteur qui finissait sa tournée, et qui repartait tout juste du bar. A ce moment-là, leurs mains s'abandonnaient et ils reprenaient une conversation toute bête, espérant passer pour des élèves consciencieux, qui discutent du cours de la journée. Les sarcasmes des collégiens ne les atteignaient pas, contrairement aux regards des adultes. Bien que ceux-ci disent le contraire, ils sont généralement bien plus méchants. Persuadés de tout savoir, d'avoir tout vécu, qu'ils en oublient que, chez eux, l'amour est souvent déjà entaché de mensonges, de secrets, de calculs. Ils en oublient qu'ils ne s'aiment plus. Et qu'ils ne savent même pas pourquoi.

Quand il était passé, non sans les avoir salués d'un grand sourire, leurs doigts s'embrassaient de nouveau. Le bonheur se propageait dans leurs corps avec encore plus de force. Il semblait ne jamais pouvoir s'en échapper. Ce bonheur, ils le gardaient prisonnier en eux et en savouraient la douceur exquise.

            Au milieu de leur trajet se trouvait une grotte invisible de la route. Ils l'avaient découverte un jour d'orage. Pour éviter les éclaboussures de la camionnette, ils avaient quitté le bord de la route. Elle avait failli se tordre la cheville quand la terre gorgée d'eau s'était effondrée sous son poids. Ils y revinrent le lendemain et découvrirent l'entrée d'une caverne souterraine. Elle n'était pas très grande, mais ils pouvaient y pénétrer tous les deux et en faire leur domaine à eux. A eux seuls.

            Depuis, ils s'y arrêtaient chaque jour, et quand il n'y avait pas d'école, ils s'y retrouvaient après s'être assurés que personne ne les suivait. Là, après s'être assis sur une couverture qu'il avait empruntée à ses parents, ils pouvaient laisser vivre leur amour sans craindre les regards analphabètes. C'est sur cette couverture que, pour la première fois, il goûta ces lèvres au goût de pêches au sirop qu'il ne retrouvera jamais ailleurs. C'est sur cette couverture qu'il sentit pour la première fois ce frisson si agréable, qui se loge dans le dos quand le plaisir devient presque insoutenable. C'est sur cette couverture qu'il fit connaissance avec un corps de femme, qu'il eut la sensation de connaître le paroxysme de sa jeune vie d'homme. Ce refuge, décoré de souffles et de murmures, devint l'endroit le plus beau de leur vie.

            Puis arrivait le moment où il fallait retrouver le monde des Vivants. Au fur et à mesure qu'ils approchaient du village, le silence se brisait, comme pour les habituer doucement à affronter leur séparation. Même si elle restait toujours éphémère. En se fracassant contre le mur des premières maisons, ce silence laissait échapper des mots, des phrases qui résonnent encore sur les pierres. Ce n'était que promesses, espoirs et amours. Ils se disaient toujours les mêmes choses, mais leurs oreilles s'en délectaient à chaque instant. Seuls des êtres incultes et ignares auraient pu dire qu'ils rabachaient. Il était fort et grand. Elle était belle et fragile. Ils leur semblaient avoir porté les limites de l'amour au-delà de la pensée des Hommes…

*

                        - Tiens la Plane ! T'es encore couché ?

            La chemise fatiguée d'être trop portée, les yeux enfouis dans le virtuel, Mai-Joint était planté devant lui. La Plane se redressa. Il n'aimait pas trop ce gars-là. Il se rendit compte qu'il n'aimait pas grand monde dans cette bande.

            Mai-joint lui tendit sa cigarette. Une manufacturée, comme il disait.

                        - Tiens, tire un taf ! Tu verras vraiment ce que c'est de planer, la Plane !

                        - T'inquiète pas pour moi, j'ai ce qu'il faut là-dedans…

            Il venait de pointer son doigt sur sa tempe. Ce qui fit éclater de rire Mai-Joint.

                        - Arrête la Plane ! Tu fais chier tout le monde à jouer les intellos ! Allez, je m'casse… Tu m'rends vraiment triste !

*

            Hier encore… Cinq ans déjà… ses parents avaient tout rangé, tout emballé. Les meubles ne partaient que dans l'après-midi. Il n'avait pas eu le courage d'aller la voir encore une fois. Cette douleur inconnue, qu'il avait ressentie quand ils s'étaient quitté hier, envahissait plus que son corps. Ce fut d'abord leurs lèvres qui se séparèrent. Puis leurs poitrines. Leurs mains avaient glissé lentement le long de leurs bras. Bientôt, il n'y eut que leurs doigts qui se touchaient encore. Leurs yeux s'étaient fermés depuis longtemps. Quand le contact fut brisé, il sentit un souffle froid dans son cou. C'était donc ça, la mort ?

Son père avait annoncé avec enthousiasme que, ce soir, ils coucheraient à l'hôtel. Il essayait de consoler son fils. Maladroitement, comme d'habitude…

Le village dormait encore, les sangliers devaient être loin, le facteur devait trier son courrier, elle devait pleurer dans la caverne… Quoique, plus rien ne doit être sûr…

Demain il habitera une ville inconnue. Près de  Paris. Son père avait une promotion. Ils déménageaient. Il était pris en otage…

*

            Il n'y était jamais retourné. Tous les écureuils étaient morts. Et tout le reste aussi. Il n'était plus que la Plane…

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