Fait d'hiver
Claude Romashov
Les jours défilent trop vite. Nous sommes déjà fin Décembre et il fait un froid
polaire. Chaque année, c’est la même chose. Les rues du village s’animent et les
magasins s’habillent de neuf pour les fêtes. Des ampoules colorées sont
accrochées aux branches des arbres et clignotent à intervalles réguliers en
décomposant les couleurs délavées des façades. Dans une atmosphère de joie toute
chrétienne, le curé prépare la messe de minuit. J’entends les chœurs de la
chorale transpercer les murs de la vieille église. Voies angéliques ou voies de
crécelles, toutes ces bondieuseries m’énervent. Je marche à grandes enjambées,
traverse la petite place en enfonçant mon bonnet de laine sur mes oreilles.
Les vitrines sont recouvertes de dessins tracés grossièrement au blanc
d’Espagne. Des Pères Noël au traîneau, des rennes aux pattes de guingois, des
chaumières illuminées dans la neige. Les étalages débordent de victuailles
savamment disposées. Tout ce décorum, ce grand tralala me met mal à l’aise.
J’arpente la rue principale, fulmine, parle trop fort et bouscule les gens qui
me dévisagent avec surprise. «Tiens, Jérôme, qu’est-ce qui t’arrive, tu as l’air
contrarié ! » Ils se poussent du coude, s’esclaffent en me désignant du doigt.
Si seulement ils pouvaient tous se volatiliser, je supporte de moins en moins
leur présence et leur excitation à l’approche de Noël.
Près du monument aux morts, les employés municipaux ont planté un énorme sapin
dans un bac en plastique, l’arbre déraciné dresse fièrement vers le ciel ses
branches enguirlandées. Moi, je n’aime pas qu’on arrache les arbres de la forêt.
Je n’aime pas les fêtes, je n’aime pas les hommes qui détruisent tout ce qui
vit, je n’aime pas les faux semblants de partage et de réconciliation
universelle…
Après une nuit agitée, je me lève frigorifié malgré le caleçon long en laine et
les chaussettes que j’ai gardés pour dormir. La maison basse et trapue, héritée
de mes grands parents est glaciale en cette saison. Il faut dire que je n’ai pas
fait installer le chauffage central. Merci bien, trop cher pour moi. De toute
façon, je suis seul à l’habiter. Alors, le confort, vous savez ! Je me réfugie
dans la seule pièce où trône une antique cuisinière en fonte. Je ramone les
profondeurs du foyer, enflamme des bûchettes puis verse un seau de charbon dans
la gueule béante du monstre. La bouilloire pour le café matinal ne tarde pas à
siffler. Et bien sûr, pas le moindre bout de pain ! Je fouille dans le placard
et récolte quelques biscuits secs. Mes gestes sont lents et gourds, j’ai du mal
à me réveiller et ne suis pas d’excellente humeur. Je mets çà sur le compte du
froid mais aussi des autres et de leur agitation joyeuse. Je n’ai pas jeté un
coup d’œil à la fenêtre, mais je sais que la température s’est radoucie cette
nuit. J’essuie d’une main la buée de la vitre, la blancheur des prairies me
brûle les yeux. La neige aveuglante a tout recouvert pour laisser la nature
silencieuse et vierge.
Après une toilette sommaire, j’enfile ma pelisse, mes bottes, me saisit d’un
balai pour évacuer le monticule neigeux devant chez moi. Le balai ne suffit pas.
Armé d’une pelle, je me démène avec plaisir car j’aime l’effort physique. Des
gosses hilares passent devant moi. Ils lèvent un poing refermé sur une boule
compacte de neige. Je les entends rire. Ils se massacrent joyeusement, se
cachent derrière les tas de bois sur le chemin qui longe la maison. Je surprends
des bribes de conversation entre deux hoquets. Ils parlent de leur bonhomme de
neige près du monument aux morts, à côté du sapin. Chaque année les parents
râlent car ils en ont assez de fournir de vieux chapeaux à des gamins qui les
égarent systématiquement. Je ne peux m’empêcher de rire sous cape. C’est moi qui
dérobe le galurin et la carotte de l’autre épouvantail. Par plaisir, on ne me
soupçonne pas car je suis toujours discret et furtif. C’est comme ça ! Je n’aime
pas les gosses, je n’y peux rien, mais personne ne le sait. Au village, on ne me
déteste pas, je suis toujours prêt à rendre service, étant un excellent
bricoleur, je dépanne souvent mes voisins, je donne aussi parfois un lapin
ramassé sur le bord de la route. Quand les gens parlent de moi c’est « Ce brave
Jérôme » ou, « Lui, il est un peu bizarre, un peu zinzin, mais tellement gentil…
Ils ne me connaissent pas vraiment et, c’est bien comme ça, au moins ils me
fichent la paix…
Je ne réponds pas au salut des gosses, ils sont déjà loin maintenant. Je referme
brusquement la porte. Tout ce bruit m’agace, j’aime trop ma solitude et le
silence perceptible des choses qui m’entourent. Chaque objet vit dans ma
mémoire, chaque craquement de plancher parle des générations d’avant moi. Je ne
supporte pas la fièvre de toute la population qui court, s’agite, travaille. Je
préfère rester sourd aux hommes, sourd aux mots.
Je n’emploie pas les paroles qui rassurent, les mots flatteurs. Comment
pourrai-je les connaître, je ne les ai jamais entendus. Toute une vie de
solitude avec la nature en partage.
Le temps apaisé invite à la promenade. J’en ai assez de tourner en rond dans ma
cuisine, je dois bien avoir quelques cannes ou bâtons ferrés dans le cagibi où
je planque les armes, des pétoires qui ne feraient pas de mal à une mouche comme
le prétend mon stupide voisin.
La côte grimpe drôlement sur l’ancienne route des mines. L’air pur me cueille et
m’étourdit. Les cristaux de givre s’accrochent fébrilement aux branches humides.
J’écoute le son cristallin du vent dans les arbres et mes pas crissent et
s’imprègnent dans tout ce blanc. Une drôle de sensation de plénitude m’envahit.
Et voilà que le bourdonnement assourdi d’un excavateur vient troubler ma
quiétude. Le bruit provient de l’ancienne carrière encore en activité. Ce
ronronnement intempestif m’agresse, je suis parti seul pour ne plus les
entendre, mais ils sont toujours présents, toujours malveillants. Pourquoi les
hommes gâchent t-ils les derniers instants de paix et la beauté originelle ? Ils
en veulent certainement à la planète entière pour la malmener ainsi ! Cela me
fait bondir, qu’on arrache les arbres pour gagner des terres sur la forêt, qu’on
pollue les rivières et qu’on détruise les milieux naturels. La terre ne se
régénère pas à la vitesse où les hommes la saignent.
Le bourdonnement subitement s’arrête. Le calme retombe sur la campagne
engourdie. Ici, je suis bien, loin de leur bêtise et mes pieds s’enfoncent
voluptueusement dans l’épaisseur ouatée…
Je les ai bien remarquées et scrute la neige autour de moi. Elles éclatent en
fines gouttelettes, rouge foncé sur blanc. Des fleurs de sang. Un animal blessé
a dû se réfugier dans les fourrés ! Aucune empreinte, aucune trace humaine ou
animale. Tout est désert, je bats les buissons, rien. Je retiens ma respiration.
Où s’est donc réfugiée la malheureuse bête ?
Le piège qui se referme, la souffrance atroce avant l’agonie et la mort. Les
yeux au bord des larmes, je tourne et inspecte la neige. Plus de sang, puis du
bout de mon bâton, j’extraie une écharpe blanche. Une écharpe maculée de terre
séchée. Elle a sans doute été perdue là avant l’arrivée de la neige. Elle est
moelleuse et douce comme une caresse. Je la presse contre ma joue, j’hume son
parfum : piquant, poivré. Cette odeur me rappelle quelque chose, ou plutôt
quelqu’un. Une femme ! Celle qui vous emmène par la main, qui apaise les
terreurs enfantines. La femme qui comble toute solitude. L’être rêvé. La fée de
l’hiver...
Dans ma tête chauffée à blanc, tout s’emmêle, je me demande quel animal peut
porter un tel accessoire : un renard arctique, une hermine ! Toutes ces bêtes au
pelage blanc, bleu d’hiver. Mais voyons, je m’égare… Cette parure est trop
humaine…
La réverbération du soleil sur la neige m’aveugle tel un vol d’oiseaux noirs.
N’ayant pas réussi à localiser la bête blessée, je fais demi-tour, serrant fort
contre ma poitrine, un doux trophée d’hiver…
Je suis descendu au village faire quelques emplettes. Quand, ce matin, hier ? Je
ne sais plus, la mémoire me joue des tours. Le temps n’a pas d’importance pour
des gens comme moi. J’ai enfilé ma pelisse et glissé des journaux dessous. Une
vieille recette de grand-mère pour se protéger du froid coupant. Une fois mon
col de fourrure remonté et le bonnet bien enfoncé sur mon crâne, je me suis
risqué sur la pente verglacée qui mène à la place. Les rues sont presque vides.
Les gens se calfeutrent. Chacun chez soi. Rien ne filtre sous les portes. Ni le
jour, ni les nouvelles. Une odeur âcre s’échappe en volutes des cheminées. Le
village est joli, figé par le gel. Un décor de carte postale, comme les Noëls
d’autrefois avant que la météo ne se détraque.
Malgré le froid intense, çà et là, quelques intrépides s’aventurent sur le
verglas, en se tenant avec précaution aux murs. Moi, je marche allègrement avec
de bonnes chaussures à la semelle de crêpe antidérapante. J’ai toujours été
prévoyant, je connais l’humeur versatile des saisons et devine tous les caprices
du temps. Quoique maintenant avec ces changements climatiques, on n’est plus sûr
de rien ! On m’a salué gentiment, souhaité de joyeuses fêtes. Bougres
d’hypocrites ! Ils savent bien que je suis seul et que pas un ne m’invitera le
soir du réveillon comme le veut la tradition des gens de la campagne.
Devant l’entrée sablée de la charcuterie se pressent deux ou trois commères
emmitouflées. Une fille noiraude, l’air revêche se tient derrière la caisse à la
place de la patronne. Tiens, ça c’est surprenant !
J’entre donc dans le magasin, bouscule un peu les clientes en train de cancaner
discrètement. Elles s’écartent en maugréant et reprennent leurs conciliabules.
Assez haut pour que je les entende. « Mais où est donc passée la belle et très
aimable charcutière ? » L’atmosphère est pesante. Les lèvres se pincent et les
yeux se font inquisiteurs. « Qu’est-ce qu’il lui prend à Georges ! » Georges
c’est le charcutier. Un brave garçon ! « Il n’a pas pu faire une chose pareille
! Que fait cette fille derrière la caisse ? »
Justement, Georges entre à ce moment là, en se frottant les mains, les joues
rougies par le froid. Il regarde la clientèle resserrée tel un ban de sardines
et amusé par les mines défaites, il lance :
« Allons Mesdames, vous en faites une tête, c’est Noël. Ma femme a dû s’absenter
pour soigner sa mère au village des Roques, tout près d’ici. Elle va rester sur
place pour quelques jours car sa maman est bien malade. J’ai dû embaucher
quelqu’un pour la remplacer au magasin avec ce surcroît de travail » On a
entendu un soupir général de soulagement. Les mines renfrognées se sont
détendues, les commères ont compati. Georges m’a fait un clin d’œil. Je l’aime
bien et tout le monde le respecte au village.
Je paye mes achats avec un gros billet. La fille noiraude me rend la monnaie
avec l’ombre d’un sourire. Mon visage se ferme. Je n’ai pas pour habitude de
flirter avec les filles du village. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de petite
amie. Je suis bien trop laid pour plaire à la gente féminine. On me l’a jeté
cruellement au visage l’autre jour…
Je grommelle un merci peu amène à la fille et sors vite du magasin…
Je n’ai pas le courage de rallumer la vieille cuisinière. Il fait froid et
l’humidité dégouline sur les murs enduits à la chaux de ma vieille baraque. Je
n’ai même pas rangé les courses achetées hier. Je suis assis, coudes posés sur
la table de bois vermoulu. Les larmes m’aveuglent, je ne les essuie pas. Cela ne
lui fait aucun mal à Elle ! Je sais que c’est ridicule, et ce n’est pas la
première fois qu’on me rejette. Déjà plus jeune, j’étais le bon copain, celui
qui recueille les confidences. Pour toute rencontre interdite, je servais de
prétexte. « Jérôme par ci, Jérôme par là ». Moi je les détestais de ne voir en
moi qu’un brave type qui rassure les mères.
« Jérôme, oui, je veux bien que tu ailles au cinéma avec lui. Il est tellement
bien élevé et gentil. Et gnagnagna… » C’était drôle, car la salle obscure du
cinéma était l’endroit rêvé pour flirter et les gamines n’avaient pas froid aux
yeux… J’étais et je suis toujours le garçon gentil et inoffensif malgré l’envie
qui me taraudait de faire des choses inavouables à ces idiotes. Gentil ! Stupide
oui ! Comme le répétait ma mère à moi, ce monstre d’égoïsme, qui ne m’a jamais
pris dans ses bras et s’est toujours moqué de mes supposées tares. La garce ! La
colère est un feu qui ne s’éteint pas.
« Tu ne feras rien jamais rien dans la vie, tu es tellement bête et je me
demande comment j’ai pu engendrer un tel fils » Et elle se parlait pendant des
heures, se lamentait sur la dureté de sa vie et moi, j’en avais marre d’entendre
ses litanies.
Elle m’appelait aussi le débile et j’en passe… Je me souviens aussi des coups
qui pleuvaient…
Dans ses jours de bonté, elle disait que ce n’était pas ma faute, qu’elle avait
eu un accouchement difficile. J’avais manqué d’oxygène, étranglé par le cordon
ombilical à la naissance. Les médecins avaient mis un certain temps à me
réanimer, ce qui expliquait mon retard mental.
Attardé soit, mais moi, je voulais simplement être aimé. Elle est morte depuis.
Je n’ai pas pardonné.
Le temps a passé et les vieilles blessures sont devenues des cicatrices mal
refermées. A ne gratter sous aucun prétexte, sinon le sang se remet à couler. Et
çà, ma fée de l’hiver ne l’a pas compris…
Sa gentillesse, c’était du toc, un paravent pour mieux se moquer de moi, de mes
manières rustres de paysan mal dégrossi. Je revois son visage haineux quand j’ai
répondu à ses avances et voulu toucher ses seins ronds et palpitants sous la
blouse parfaitement repassée. Les insultes et les menaces ont fusé de sa jolie
bouche écarlate. Elle m’a tordu le cœur avec tant de mépris et de cruauté ! Moi
qui me consumais d’amour pour elle…
Pourtant tout n’est pas mort, je garde dans un coin de ma tête le souvenir de sa
peau si blanche, la ligne harmonieuse de son cou, la naissance de ses seins…
Je jette un regard hébété par la fenêtre. Quelques jours auparavant les renards
ont fait des trous dans le grillage du poulailler, créant une belle pagaille
parmi les volatiles. Une femelle a emporté ma meilleure pondeuse, je le sais, je
l’ai épiée, cette impudente ! Je suis sorti réparer les dégâts avec une pince et
du fil d’acier bien solide. On a beau régulièrement fumiger les terriers, ces
sales bêtes prolifèrent, sont vecteurs de maladies et risquent de contaminer les
animaux domestiques. C’est pour cela qu’un arrêté de la mairie donne
l’autorisation de les détruire puisqu’ils sont trop malins pour se laisser
piéger. J’ai préparé les munitions, la cartouchière et la carabine. Attention,
il ne s’agit pas de faire de carnage. Les peaux en bon état trouvent toujours
acquéreurs.
Je me suis fondu dans la nuit saturée d’étoiles, la gibecière battant mes
flancs…
Un bruit furtif. Ce n’est pas le vent. La lune électrique irradie et sa
réverbération fait mal aux yeux. Je plonge derrière un buisson et retient mon
souffle. La bête est là, je la sens…
Elle est arrivée sans faire de bruit, à pas feutrés, l’allure souple. Elle pense
que personne ne l’a remarquée mais la situation s’est inversée : la chasseresse
est devenue gibier. J’observe chacun de ses gestes. Elle ne le sait pas. Elle
s’est arrêtée un instant, les sens aux aguets. Elle est belle dans la clarté
lunaire, le museau tendu vers un point invisible. Et soudain, je la vois frémir
d’impatience et sens qu’elle va m’échapper. Je ne peux pas repartir sans mon
trophée. J’ajuste ma carabine, elle est toujours dans la ligne de mire…
J’ai tiré… Les flocons me tombent devant les yeux… Elle a sauté en l’air sous
l’impact des balles puis a roulé dans la neige toute fraîche. Des fleurs de sang
entachent son pelage roux, et laissent des traces sur le tapis blanc qui
commence à se former.
Je la prends dans mes bras, lui demande pardon, Elle est légère et toute chaude
encore. Tant de fragilité et de beauté ! Mais, elle a osé me défier…Alors elle
l’a bien cherché.
Le retour à la maison ne fut pas chose aisée. L’animal était plus lourd que je
ne le pensais. Personne ne m’a vu le traîner, tout était endormi et silencieux.
Tant mieux car il me restait quelque chose à faire…
On est le vingt quatre décembre. La date, cette fois je la retiens ! Le village
est en émoi. Un attroupement s’est formé devant la charcuterie, les gens
murmurent et entourent Georges le charcutier. Je ne distingue que ses mains qui
s’agitent convulsivement. Les gendarmes du bourg voisin se sont déplacés. S’ils
se sont dérangés le jour du réveillon, et par cette température, ce n’est pas
pour rien. Je suis là moi aussi, mais c’est bien normal puisque je n’ai rien à
faire. Je me fraye un passage en jouant des coudes. Georges, dont les épaules
tressautent secouées de violents sanglots est interrogé par les forces de
l’ordre. Ils l’embarquent dans le fourgon pour le dérober à la foule et à sa
curiosité malsaine. Lui, le pauvre homme tremble comme une feuille, et se mouche
bruyamment. J’ai de la peine pour lui, car c’est vraiment un brave type. Et
comme les autres, je me pose mille questions, mais moi, je saurai donner des
réponses. Car je sais et je vois beaucoup de choses qui échappent aux gens
ordinaires.
La foule de curieux s’est épaissie sur la place. Quelques plantons essaient de
la contenir et de protéger la fourgonnette de Georges, objet du délit. Je me
hisse sur la pointe des pieds et la scène macabre me saute aux yeux. Elle est
là, enfouie sous une couche de glace. Le visage blanc et figé de la belle
charcutière apparaît dans son linceul de givre. Les yeux de porcelaine bleue
regardent sans voir, les lèvres exsangues ne peuvent plus accuser le meurtrier.
Sa gorge laiteuse s’offre impudique. Elle a déployé sa magnifique chevelure
rousse piquetée de cristaux étoilés, et de fleurs de sang séché…
Georges est parti vivre ailleurs…
Moi, je caresse souvent une douce écharpe blanche, en pensant à tout ce malheur
qu’elle a déclenché.
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