Charton-Furer Yann
C'était une belle nuit d'été comme il n'en existe qu'en août après une torride journée. Le vent brûlant du jour s'était mué en une douce caresse tiède. Son murmure reposant faisait écho au bruissement des feuilles dont les ombres dansaient sur le sol. J'aimais ces ballades nocturnes en solitaire. J'aimais profiter de cette sensation de bien-être, d'oubli de soi-même, où tout son être insignifiant se fond dans la masse apaisante de la forêt. Après une dure journée de travail sur le terrain, à prendre photos sur photos, à contempler des drames tous plus atroces, cette excursion nocturne était comme une purification. L'atmosphère tranquille des lieux me délivrait de toutes les horreurs de la journée.
Mes pensées se perdaient derrière des pins aux troncs noueux, ma logique était écrasée sous le poids des rameaux d'immenses chênes qui me dominaient de toute leur hauteur. Les ténèbres jetaient sur ma raison une ombre apaisante, telle une zone d'obscurité bienfaisante qui calmait les mots de mon esprit troublé.
Jamais alors il ne m'aurait été possible de dire avec précision ce que je ressentais. Les mots du langage sont des termes logiques qui désignent des choses concrètes. Ces sentiments qui m'envahissaient ne pouvaient être traduits avec des expressions orales ou écrites.
Au-delà des cimes pourtant lointaines, la lune semblait me contempler de son regard argenté. L'astre mythique qui avait fait naître tant de légendes se fondait dans les décors surnaturels de l'endroit pour lui donner cette pointe de fantastique que j'appréciais tant.
Je connaissais bien ces bois. Situés à quelques kilomètres de l'endroit où j'habitais, j'y avais passé mon enfance, et jamais je ne m'étais lassé de ses éternels murmures. Ils avaient toujours eu sur moi un effet bénéfique, mais également une part de mystère inquiétante. Ce soir-là plus que tous les autres. Peut-être était-ce la journée, particulièrement éprouvante ? Peut-être était-ce la fatigue, ou quelque alignement des astres qui fit ce qui arriva ? Je l'ignore, et je l'ignorerai probablement toujours, bien que cela n'ait, à présent, que bien peu d'importance.
A proximité d'un petit chemin forestier qui s'engouffrait profondément dans les sous-bois, je découvrais une petite piste qui partait sur la gauche. Jamais encore je n'avais vu cet itinéraire, à condition que l'on puisse le qualifier ainsi. Une trace, un écartement de la végétation, tout au plus. Toujours est-il que je n'avais jamais aperçu ce passage. Imaginant un nouveau chemin ouvert récemment et menant vers quelque endroit encore inexploré des bois, je décidai de m'y engouffrer.
D'abord, ce ne fut que forêt et broussailles. Des allées de pins tortueux délimitaient la piste, dont le sol était étonnamment recouvert de mousse tendre. Il n'y avait rien sur les côtés, sinon de grandes collines. Quitter ce chemin n'aurait pas été bien difficile, surtout qu'il commençait à se faire tard que la journée du lendemain s'annonçait difficile. Pourtant, je décidai de continuer.
Au fur et à mesure que ma progression se poursuivait, le décor changeait lentement. Les deux collines sur mes côtés s'étaient rapprochées et devenaient plus abruptes, si bien que les franchir serait devenu difficile sans quelques élémentaires notions d'escalade. Les pins qui bordaient la route avaient fait place à de vieux chênes noueux et dépourvus de feuilles, fait étonnant pour la saison. Le murmure du vent devenait troublant, et la douce tiédeur de son souffle se fit d'abord frais, puis petit à petit froid.
Je frissonnais.
L'atmosphère n'était plus calme et relaxante, mais oppressante et inquiétante. Pourtant, poussé par la curiosité, je continuai mon chemin. J'ignore combien de temps cela dura, mais je sais que revenir en arrière m'aurait alors été impossible. J'ai souvenir d'un moment où je m'étais retourné. Un vague sentiment de panique m’avait saisi. Derrière moi, il n'y avait rien. La forêt, dense, qui s'étendait, à perte de vue. C'était comme si le chemin s'était refermé après mon passage. Seul demeurait le passage devant moi, qui continuait vers des bois toujours plus denses, toujours plus sombres. Cherchant le réconfort dans la lune, j'avais levé les yeux. C'est alors que je compris que quelque chose était en train d'arriver. Le ciel était vide. Obscurité totale. Aucun nuage ne venait pourtant troubler la voûte céleste. Simplement, l'espace était sombre. Aucune étoile, aucune lune pour éclairer les ténèbres de la nuit. Et pourtant, une vague lumière argentée subsistait malgré tout. Je cherchai à en identifier la source, mais cela m'était impossible. L'opacité de la nuit provenait de partout et de nulle part à la fois.
Je ne rêvais pas, cela était certain. Tout était trop irréel, trop fantasmagorique pour être tiré de mon esprit. Chose étonnante, je n'avais pas peur. Ma raison s'était réveillée, et me hurlait de m'enfuir loin de cet endroit, mais mon instinct, qui aurait dû être paralysé d'effroi, me dictait de poursuivre ma route plus en avant.
Parfaitement maître de mon esprit, je savais qu'en temps normal, la terreur aurait dû s'agripper à moi que des frissons glacés auraient dû s'emparer de mon corps, le tout accompagné de sueurs froides.
Il n'en était rien. Tout juste de légers frissonnements amenés par les murmures du vent. Sentant que ce que je vivais était au-dessus de la raison, je décidai de continuer ma route vers l'inconnu, vers le mystère.
La nuit, sombre et froide se referma sur moi alors que je fis le premier pas vers l'avant. Ignorant la raison, bravant l'inconnu, je fis un autre pas, et la nuit se fit plus épaisse encore. Bientôt, je ne distinguai plus que les arbres autour de moi, de très vieux chênes noirs, dépourvus de feuilles, dépourvus de vie, qui ne projetaient aucune ombre sur le petit sentier qui guidait mes pas hésitants. Ma raison s'était tue, dépassée par les événements. Ce que je vivais ne peut se décrire avec des mots ou de la logique. C'était quelque chose de purement fantastique, de purement sentimental.
J'avançai, et les ombres se faisaient plus denses, et puis l'obscurité fut totale. Il n'y avait qu'un immense vide tout autour de moi, une obscurité impénétrable. Je n’étais plus dans la forêt, j'avais quitté les bois de mon enfance, j'étais loin du monde connu et rationnel d'un journaliste photographe.
Rien n'indiquait que le chemin continuait. Il semblait que je ne marchais sur rien, qu'il n'y avait ni gauche, ni droite, pas plus que de haut ou de bas. Pourtant, ce sentier continuait, sinueux. Je tournais lorsqu'il le fallait, sachant qu'il bifurquait à ce moment précis. Je ressentais qu'il m'était impossible de quitter cette invisible piste perdue dans une obscurité sans fin. J'ignore combien de temps cela avait duré. Peut-être quelques secondes ? Peut-être une éternité ? En ces lieux situés hors du monde de la raison, le temps n'existait pas. Il était comme figé, ou alors passait si vite qu'il était impossible de se rendre compte de son passage.
Mais, avant que je n'aie eu le temps de me rendre compte de ce qui se passait, quelque chose se profila devant moi. Je ne saurais décrire avec précision ce que c'était. Une immense arche de fer noir perdue au milieu de rien. Cette structure ne pouvait se mesurer en mètres, pas plus qu'en kilomètres ou en centimètres. Aucune mesure n'était capable d'en définir les dimensions ni la forme. Tantôt plus petit que l'espace entre un ongle et la peau, tantôt plus haut que la distance terre-lune, il défiait l'imagination des plus grands romanciers du siècle. Et pourtant, avec sa forme passant du cercle au carré, du triangle au point, il semblait toujours identique. C'était le même objet, perçu différemment par un esprit trop faible pour le voir tel qu'il était vraiment.
Cette arche n'était pas vide. Elle menait vers quelque part. En son centre brillait des milliers de points lumineux. Je cherchais à le contourner pour voir ce qu'il y avait derrière, mais alors que je me tournais, la structure se déplaça de manière à rester devant moi. Cherchant à reculer, je me heurtai à un mur de ténèbres qui bloqua ma route.
J'étais piégé par quelque chose qui dépassait mon entendement, et je le savais. Incapable de faire autre chose que d'avancer, je m'exécutai.
Je me rendis alors compte que le vent s'était tu, que tout était silencieux. Le froid avait disparu, la notion de température elle-même me semblait très loin, appartenant à un autre monde, à un autre univers que j'avais quitté.
Alors que je m’approchais, je commençai à distinguer ce qu'était ces points lumineux qui scintillaient dans ce cercle de fer noir. J'eusse été stupéfait en temps normal, si la situation n'avait pas été telle. N'importe qui aurait crié à ma place, aurait hurlé pour se réveiller, ou encore aurait prié Dieu pour le remercier de cette vision inimaginable.
Les points lumineux, à mon approche, s'étaient fait plus précis. C'étaient de longues bandes de lumière qui s'enroulaient autour d'elles-mêmes comme un serpent l'aurait fait. Je n'étais pas un scientifique chevronné, mais je reconnus sans peine ce que je vis. Des galaxies ! Des centaines de milliers de galaxies se mouvant lentement selon une règle et un ordre totalement chaotique et incompréhensible.
Lentement, il semblait que ma raison reprenait le dessus à la vue de cette impossibilité. J'étais un être insignifiant, et voilà que je me trouvais face à une infinité d'univers différents réduits à la taille de tête d'épingles. Toutes ces galaxies, toutes ces lumières, toutes ces lumières étaient à portée de mes doigts malingres et faibles.
C'est alors que je sentis une présence derrière moi. Lentement, toujours exempt d'un quelconque sentiment de peur, je me retournai. Un petit homme se tenait devant moi, au milieu d'un vide sans fin. Il semblait très vieux, et portait une barbe qui lui descendait jusqu'à la ceinture. Ses habits étaient constitués d'une simple toge qui lui recouvrait tout le corps. La couleur du tissu variait du vert clair au violet impénétrable. Ses cheveux grisonnants flottaient au rythme d'un vent absent. Ses petits yeux bruns me fixaient avec amusement.
En temps normal, j'eus demandé des explications, essayé de comprendre, avec de longs et confus discours. Pourtant, tout ce que ma bouche réussit à sortir fut une simple question, pourtant primordiale :
- Pourquoi ?
Le son de ma propre voix m'étonna. Elle était plus grave qu'à l'ordinaire, mais également plus rapide, et distordue. Le son de mes cordes vocales se perdit dans l'immensité, et l'absence totale d'échos me fit douter que j'eusse réellement posé une question, pour peu que quelque chose fût réel dans cette scène. Le petit vieillard fit une grimace qui ressembla à un sourire et répondit d'une voix grave avec un léger soupçon d'amusement dans le ton :
- Ils posent tous la même question.
- Je ne suis donc pas le seul ?
- Et ils sont tous aussi impatients.
- Cela fait déjà deux questions, et toujours aucune réponse...
Il marmonnait dans sa barbe, et j'avais beaucoup de peine à saisir ce qu'il disait. Je me penchai et m'excusai avant de reposer ma question première.
- Pourquoi ?
- Je disais donc que tous posent la même question...
- Et la réponse est-elle toujours la même ? Demandais-je, mon instinct de journaliste dictant les mots qui franchissaient mes lèvres.
- Je l'ignore.
- Comment cela ?
- Jamais je n'ai pu répondre à cette question. Mais je peux supposer que la réponse est différente pour chacun, bien que l'ensemble de ces réponses doivent former un tout, une unicité qui doit bien signifier quelque chose.
- Je ne comprends pas.
- Je sais. J'ai parfois moi-même beaucoup de peine à ne pas me perdre dans ce chaos d'idées.
J'abandonnai ma question première, incapable de suivre la conversation du vieil homme. Je décidai d'attaquer le problème par un autre flan.
- Qui êtes-vous ? Demandais-je.
- Qui je suis ? Je suis, c'est tout.
Voyant que je ne comprenais pas, il tenta de s'expliquer plus en avant.
- Je suis comme vous êtes, j’appartiens à cette unicité dont je viens de vous parler comme vous y appartenez.
- Vous avez pourtant bien un nom. Comment vous appelle-t-on ?
- On ne m'appelle pas. Je viens, c'est tout. Je suis le gardien.
- Gardien de quoi ?
- De tout, de rien. De cet endroit.
Cette conversation n'avait aucun sens, si bien que j'en venais à me demander si mon esprit n'était pas en train de délirer et de s'inventer un interlocuteur sous la forme d'un homme illusoire.
- Mais quel est cet endroit ? Insistais-je.
- Mais... le passage, bien évidemment.
- Et où mène-t-il ?
- Je n'en sais rien. Mais vous le saurez mieux que moi, vous en venez, de cet endroit.
Cherchant à comprendre, je supposais que je n'étais plus sur terre et demandai d'une voix hésitante :
- La terre ? C'est là que mène ce passage ?
Le vieillard haussa les épaules et bâilla. De toute évidence, cette conversation commençait à l'ennuyer.
- Je n'en sais rien. Peut-être. Pourquoi toutes ces questions ? Je n'ai pas les réponses.
- Mais vous devez bien savoir quelque chose ?
- Je sais beaucoup de choses en effet.
- Alors dites-moi !
- Il n'y a rien à dire. Ici, c'est le passage, et j'en suis le gardien.
Soupirant, je revins à un point antérieur du dialogue.
- Vous dites que ce passage mène vers l'endroit d'où je viens, mais un passage possède deux côtés. Quel en est l'autre ?
- Là...
Disant cela, il tendit une main vers les myriades de points lumineux représentant autant de galaxies.
- Et quel est cela ?
- Encore des questions... Ils sont tous pareils. Pourquoi connaîtrais-je la réponse ? Je suis le gardien. Jamais je n'ai emprunté le passage. J'ignore où il mène ni d'où il vient. J'existe, et je garde.
- De qui gardez-vous ce passage ?
- De personne. Chacun est libre de l'emprunter. C'est d'ailleurs ce que font généralement les autres.
- Généralement ?
- Oui. Certains repartent.
- Car c'est possible ?
- Je suppose que oui. Je ne les ai jamais revus. C'est pour cela que j'existe.
Il m'était impossible de comprendre de quoi il retournait, ni si tout cela était réel, mais une chose était certaine. Deux solutions s'offraient à moi. Continuer, ou retourner en arrière. Je demandai confirmation.
- J'ai donc le choix. Continuer, ou revenir.
- Les deux choix sont une continuation, à leur manière, bien qu’ils soient probablement très différents l'un de l'autre.
Hésitant, je tendis une main vers cette obscure clarté de multiples univers qui flottaient devant moi, et je sentis une force, une présence. C'était cette force qui faisait que toutes ces galaxies tournoyaient entre elles. C'était cette force qui dirigeait tout cela dans un ordre chaotique.
- Il faut vous décider...
La voix me fit presque sursauter.
- Comment faire pour continuer ? Demandais-je.
- Pénétrez dans l'arche.
- Que sont devenus les autres ?
- Je l'ignore, je vous l'ai déjà dit. Mais il faut vous décider rapidement. D'autres doivent venir...
Dans ma tête, tout devenait confus. J'ignorais tout de ce qui se passait. Une seule réalité s'imposait en moi : il fallait faire un choix. Devant moi, l'inconnu, le mystérieux, peut-être la mort, à condition que je fusse toujours en vie ? Un univers inconnu...
Derrière moi, une vie de journaliste banale, mais calme et relativement heureuse, malgré quelques passages houleux. J'avais le choix : l'inconnu, le hasard, ou une situation agréable. J'ignorais ce qu'était cet inconnu. Peut-être mieux, peut-être plus horrible que le plus affreux cauchemar qu'homme n'a jamais fait... C'était un risque. Et je décidai de ne pas le courir. J'avais une vie, j'avais des amis...
Je fixai intensément le vieil homme droit dans les yeux et déclarai en soupirant :
- Je regrette. Ce n'est pas la peur, et ce n'est pas de la lâcheté. Simplement, la vie que je mène me convient. J'ignore sur quoi je risque de tomber en traversant ce passage. Je vais retourner d'où je viens.
- Il n'y a pas de quoi s'excuser. Aucune justification n'est nécessaire. Le choix est fait, tout simplement...
Je hochai la tête et demandai encore :
- Comment faire pour revenir ?
- Fermez les yeux... Je suis le gardien.
Hésitant, je m'exécutai. Alors que mes paupières se baissaient, je sentis un tourbillon de puissance envahir mon esprit. L'espace et le temps, le vide et la matière, tout et rien se mit à tourbillonner autour de moi. Ce fut soudain, comme si un maelström de forces s’était emparé de mon corps pour le secouer comme une vulgaire poupée de chiffon. Je voulus ouvrir les yeux à nouveau, mais cela m'était impossible. De toute manière, cela n'aurait servi à rien. Même à travers mes paupières, je pouvais voir les tourbillons de couleurs vides et les puissances qui agissaient autour de moi.
La tempête magique s'accentua, devenant de plus en plus violente, et, lentement, je sentis mon esprit glisser dans l'inconscient. Alors que j'avais bravé toutes ces épreuves, tous ces mystères, alors que j'avais traversé des endroits défiant l'imagination, un simple tourbillon de couleurs et de vide allaient avoir raison de moi. Je tentai de résister, mais ce fut vain. Très vite, tout redevint noir et je plongeai dans le chaos de l'inconscience...
Cinq minutes plus tard, ou, du moins, me sembla-t-il, je me réveillai. Le contraste avec ce que j'avais vécu était troublant. De l'obscurité, j'étais passé dans un univers fait de blanc et de lumière. Clignant des yeux, j'attendis que ceux-ci s'habituent à la lumière ambiante. Tout était flou, mais, après quelques secondes d'accommodation, ma vision redevint normale.
Tournant la tête, je cherchai à comprendre. J'étais couché sur un lit d'hôpital, seul dans une petite chambre, un appareil collé sur la poitrine s'accompagnant d'un régulier bip qui sonnait au rythme de mon coeur. Que faisais-je dans un tel endroit ? Que s'était-il passé ?
A ce moment, une jeune femme en blanc qui devait être une infirmière entra en trombe, et eut un sursaut en me voyant me redresser sur ma couche.
Très vite, je fus entouré de médecins et spécialistes de toutes sortes qui cherchèrent à comprendre ce qui s'était passé. Ce n'est que par eux que je pus apprendre que l'on m’avait retrouvé au petit matin dans la forêt, inconscient, sans signe apparent de blessures. Les spécialistes avaient diagnostiqué un coma profond. Mon cerveau aurait été soi-disant déconnecté de mon corps sans aucun espoir de retour en arrière. La seule raison pour laquelle ils m'auraient gardé dans cet hôpital aurait été pour un éventuel don d'organe...
Mais, le plus difficile à admettre pour moi fut que ce coma avait duré plus de cinq mois. Après une semaine de mise en observation, je rentrai enfin chez moi, la maison étant restée vacante, et retrouvai un poste de travail en tant que journaliste photographe.
Aujourd'hui, la vie a repris son cours normal. La journée, j'immortalise des drames et des massacres. Mais je mène une existence sereine et agréable. Plusieurs fois, je suis retourné dans cette forêt, peu avant cette route forestière à la recherche de ce passage, cette piste, cette voie vers le pays des songes et de l'irréalité, qui mène vers cette arche titanesque qui défie l'imagination. Mais jamais je n'ai pu retrouver de sentier bordé de pins, et je sais que jamais je ne reverrai le vieil homme à qui j'ai parlé.
J'écris aujourd'hui ces quelques lignes dans l'espoir que quiconque ayant déjà vécu la même expérience que moi puisse tomber sur mes écrits et peut-être percer cette énigme... Afin que jamais ce qui m'arriva ne tombe dans l'oubli.
Mon expérience fut-elle réelle, ou le fruit de mon imagination lors de mon coma ? Qui peut le dire ? Qui peut, d'ailleurs, dire où se situe la frontière entre la réalité et le songe ? Entre le concret et l'abstrait ? L'homme n'est-il pas une part de logique et une part d'imagination ? L'humanité a développé la logique au point de créer des machines intelligentes et des véhicules allant dans l'espace. Mais qu'en est-il de son imagination ? Personnellement, je pense l'avoir assez développée pour mériter la découverte de ce passage. Mais certains sont allés plus loin, et ont franchi le passage. Qui sait ce qu'ils ont découvert de l'autre côté ? Après avoir dépassé la frontière de la raison ?
Nul ne le sait, et nul ne peut le savoir sans emprunter une petite route sinueuse en pleine forêt qui mène vers une arche gigantesque et un petit homme mystérieux... Nul ne pourra jamais le savoir sans emprunter ce mystérieux chemin...
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