Les enfants de la balle

Évelyne Minssen

  

Lorsque j'étais enfant, nous avions dans nos connaissances un plombier qui, à ses heures de loisirs, était clown amateur, participant à de petits spectacles.

            Il avait donné à mes frères quelques conseils de maquillage de scène et un chapeau conique de clown blanc, en feutre poudré. Rémy s'était fait une perruque de clown rouge, en étoupe de chanvre donnée aussi par le plombier, et collée sur un fond de bonnet.

            Barbouillé de pâte blanche, pommade Alloplastine réservée plus précisément aux fessiers rougis des nourrissons, et grimé de noir par dessus avec un bouchon brûlé, coiffé du feutre blanc, Francis enfilait une chemise de nuit à moi sur un pantalon de pyjama à lui pour faire le clown blanc.

            Rémy, habillé de hardes et grimé en Auguste lui faisait le pendant.

            Sur la base des ces accoutrements, ils avaient inventé de petits sketchs et les avaient montrés à leur proches copains du quartier.

            Cela avait fait des émules et donna envie au groupe des garçons de monter une petite troupe de cirque locale, très locale! Le garage de notre maison devint alors le cirque du quartier.

             On s'organisa avec le plus de sérieux possible. On rangea un peu le bazar, on balaya, et on installa des sièges pour le public. Des gros pots à fleurs en terre cuite retournés étaient alignés et des planches récupérées dans le matériel de mon père étaient posées dessus. Cela constituait les bancs.

            Le prix de l'entrée, au spectacle était fixé à la grosse pièce de 5F en aluminium.

            Mes frères ne voulant pas de moi dans leur spectacle, (pourtant j'avais prêté ma chemise de nuit!) j'avais réussi à me faire accepter sans problème comme balayeuse, et ensuite un peu plus difficilement comme ouvreuse...         

            Dans un carton à chaussures, suspendu à mon cou par une ficelle, pour faire comme les vraies ouvreuses que j'avais vues au cinéma, j'avais des caramels à 1F, que je tentais difficilement de vendre à la clientèle. Mais le commerce marchait mal et je finissais par manger moi-même le fond de commerce.

            Il y a eu des moments où se trouvait jusqu'à vingt gosses gesticulant, installés dans le garage pour le spectacle... On n'y montrait pas d'animaux et pourtant, ça sentait le fauve...

            Cela dura le temps des vacances d'un été.

 

            Une autre année, comme je prenais des cours de danses rythmiques ; avec Marie-Françoise ma meilleur copine et une ou deux autres filles, j'avais entrepris de monter un spectacle de danses.

            Le théâtre de nos ébats fut aussi le garage, dont le sol cimenté mettait à mal les chaussettes que nous conservions à nos pieds, à défaut de chaussons à pointes.

            Portés directement sur nos sous-vêtements, les costumes en papier crépon confectionnés par mes soins avaient du mal à résister à la chorégraphie. Mais il y avait de l'idée! C'était en tout cas l'avis que ma mère avait donné, assorti d'un grand rire!

            Ma première création s'appelait Après la pluie le beau temps.

Marie-Françoise en crépon bleu avec des franges mouvantes était prévue pour danser la pluie. Moi, en jaune et orange je jouerais le soleil, et les autres, en couleurs variées, seraient l'arc en ciel. C'était très joli.

            Notre point faible était la musique.

Aujourd'hui on enregistre ce qu'on veut d'avance sur une cassette et on lance la bande au bon moment. Mais là, point de cassettes! Il fallait emprunter des disques et l'électrophone maternel, et encore, avoir un fil assez long pour le mettre dans le garage... Cela rendait la chose techniquement bien difficile et pour tout dire irréalisable, ma mère ne voulant de toutes façons pas voir son appareil manipulé par les gosses...

            Il nous restait la ressource de chanter.

Cela me convenait, c'était encore plus complet après tout! Seulement, les copines voulaient bien danser... mais pas chanter...

            Mes débuts dans la comédie musicale en crépon furent désastreux, et en restèrent là...

           

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