Le
petit aventurier en culottes courtes ![]()
José Luis Gonzalez
Les volets des maisons se ferment, les persiennes se baissent, et tout le village se plonge dans l'incontournable rituel de la sacro-sainte sieste.
C'est à ce moment précis de l'après-midi que, furtivement, je sors de la maison familiale, sans faire de bruit, vêtu comme la plupart des enfants de mon âge en pareille saison, d'un t-shirt, d'un pantalon court, et de sandalettes.
La température avoisine le seuil de l'insupportable. Quel silence, quelle paix, pas âme qui vive dans les rues. Même les quelques chiens croisés çà et là, au détour d'une ruelle, s'adonnent à ce doux farniente, accaparant les rares coins ombragés des maisons. Ils semblent inertes, pas un mouvement ne les anime, mis à part quelques tremblements d'oreilles, afin de se débarrasser de quelques mouches insistantes.
Encore quelques enjambées, et me voilà en pleine nature. Suivant un petit chemin herbeux, je m'arrête au bout d'un moment pour contempler une fourmilière. L'observation de ces petits insectes me passionne. Les noires, qui sont les gentilles dans mon imaginaire, sont plus nombreuses que les rouges, dites "fourmis du Diable", par conséquent méchantes. Par jeu, je m'ingénie à leur mettre des obstacles sur leur trajectoire ; une brindille à celle-là, une feuille à une autre.
Ce qui m'intrigue le plus, c'est le trou par lequel elles sortent du sol. Comme cela doit être grand à l'intérieur pour qu'il puisse y en avoir autant.
Finissant par me lasser de leur spectacle, je laisse là cette communauté d’infatigables travailleuses, et poursuis ma balade en me prenant pour un grand aventurier à la découverte de choses merveilleuses.
Je m'imagine alors à la tête d'une équipe, et donne des directives quant à la mission à accomplir : Allons dans cette direction ! Et me voilà dévalant un sentier à toute vitesse, prêt à affronter mille dangers.
En fait de dangers, les seuls auxquels je dois faire face sont dus à mon imagination.
Un bout de bois, et il se transforme par ma volonté en une épée redoutable, avec laquelle je suis prêt à défier quiconque viendrait à me barrer la route.
A un bon vieux chêne plus que centenaire, que je choisis pour ennemi, je dis : écarte-toi de mon chemin ou tu goûteras de ma lame ! N’obtempérant pas à mes injonctions, je le frappe de tous côtés avec mon arme.
-Halte ! Repos pour tout le monde.
Choisissant un endroit tranquille, je m'étends sur un coin de mousse bien tendre, et un brin d'herbe à la bouche, je songe à la suite de mon aventure.
Il fait déjà nettement moins chaud, ce qui signifie que je dois me résigner à prendre le chemin du retour.
Ce faisant, question de faire durer le plaisir, je m'attarde encore quelques instants à regarder un oiseau chanter, perché sur une branche ou j'essaye d'attraper un lézard se dorant au soleil sur un vieux mur de pierres.
Déjà les premiers signes annonçant la proximité du village se font entendre.
-Salut petit ! me dit un couple de paysans, qui allaient probablement labourer un champ lointain, en profitant de la relative fraîcheur qui régnait à ces heures-ci de la journée.
-D'où viens-tu par une telle chaleur ? Tu vas avoir une insolation à te promener comme ça, sans rien sur la tête ; rentre vite, tes parents doivent être inquiets, ah ! là là, si c'est pas malheureux.
Prenant mes jambes à mon cou, et les remontrances des laboureurs au sérieux, je traverse le village en quelques minutes.
Mon arrivée à la maison est loin de passer inaperçue ; Tito notre chien, venant à toutes pattes à ma rencontre et aboyant de joie, comme pour me dire : Ah ! tout de même, te voilà de retour".
Mon père, en me voyant arriver l'air penaud, tout en sueur, me pose les questions d'usage en pareille circonstance, du genre : Où étais-tu ? Que faisais-tu loin de la maison ? Avec qui étais-tu ? Oh, sûrement avec des vauriens comme toi !
Sans attendre mes éventuelles réponses, je suis saisi par la taille, et une main vient s'abattre sur mon postérieur à plusieurs reprises.
-Gare si l'envie te reprend de recommencer, me dit-il.
Je ne réponds rien, mais je sais bien que je recommencerai. On n'est pas le chef d'une expédition pour rien, tout de même.
© 2001 —
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