107.7 : Autoroute FM...  

 

Thierry de Gryse

 


Le plein est fait. Les bagages sont chargés depuis la veille. Dans le coffre de la voiture, révisée la semaine dernière, juste la place pour la glacière, au millimètre prés, dernière pièce au puzzle.
Sur la table du salon : les cartes routières, l’itinéraire, l’adresse et les coordonnées de la location.
Dans la cuisine la cafetière programmable vient de s’allumer. Le réfrigérateur qui ronronne tient au frais le pique-nique prévu pour ce midi.

Le réveil sonne...

Les vêtements du jour sont soigneusement pliés sur les chaises respectives de la chambre. Madame légère, Monsieur décontracté.
A l’étage la petite dort. Elle n’a pas trouvé le sommeil facilement. C’est Maman qui la réveille.
Le petit déjeuner est rapide. La toilette aussi. Il est prévu de partir pour 4H. On laisse un mot aux aînés qui pour la première année ne viendront pas. On leur rédige quelques consignes parachevées d’un « Bisous » ; post-scriptum : « on vous appelle dés notre arrivée ». La glacière s’imbrique à merveille entre les sacs de voyage.
Les phares balaient la cour. Le portail automatique se referme. Avant de s’engager sur la départementale : dernières vérifications d’usage. On passe rapidement en revue les points clés qui auraient pu faire l’objet d’un oubli. C’est parfait. On a pensé à tout. On peut y aller.
A l’arrière elle s’est allongée. Couverture et oreiller. Elle va pouvoir donner suite à ses rêves interrompus tout à l’heure. On lui a promis, comme elle l’a demandé, de la réveiller lorsque le jour naissant fera fondre la nuit en un tour de magie.
On attrape l’autoroute la plus proche. La route va être longue et sans doute émaillée des bouchons de la grande transhumance d’été. On cherchera à les éviter. Il faudra passer avant les autres. L’idéal, tu vois, c’est de passer le pont d’Aquitaine avant 8H.
On roule depuis deux heures. Plus vite qu’il ne faudrait, mais la voie est libre il faut en profiter. C’est l’heure de réveiller la petite, une lueur flamboyante s’apprête à souffler l’obscurité. Elle regarde ce cercle carmin s’élever sur la campagne. Les ombres se découpent.
La prochaine aire de repos sera la bienvenue. Se dégourdir les jambes quelques minutes. Le Thermos donnera un peu de café. Un jus d’orange pour la petite. C’est plein de vitamines.
Il faut repartir. Sans attendre. On cale l’autoradio sur 107.7, Autoroute FM. Les nouvelles son bonnes, seulement 2 kilomètres de retenue à l’approche de Bordeaux. On trouvera le soleil plus tôt que prévu.
Le pique-nique se prend par terre, assis dans l’herbe, à l’ombre menue d’un baliveau. Les meilleures places sont prises. Heureusement on a pensé aux casquettes. Quant à une table il ne fallait pas rêver. Pas de surprise sitôt libres, sitôt prises. Les poubelles débordent. On repart avec nos déchets. Des sacs plastic et du sopalin on a bien fait d’emmener.
Conducteur l’assoupissement te guette. En milieu d’après-midi ta femme le volant prendra.
L’autoroute il va falloir bientôt quitter pour la nationale emprunter. Viendront ensuite des routes en lacets et puis on pourra dire on y est. Le compte à rebours est vraiment lancé.
Les propriétaires à la porte nous attendaient. Rendez vous on s’est donné. On nous demande si on a fait bonne route. On nous remet un trousseau de clefs. On est presque chez nous. On est partis pour la visite guidée. Les hommes vers le compteur électrique, le ballon d’eau chaude, la machine à laver, comment les volets et la porte fermer. Les femmes vers le buffet de la cuisine, les chambres à coucher, comment l’aspirateur faire marcher, la liste des supermarchés. Qu’est ce que vous en pensez ? La petite suce son pouce sans broncher. Ils sont enfin partis, on va pouvoir s’installer. Les bagages décharger, faire les lits et le repas préparer. C’est fait... Avant de souper accordons nous cinq minutes. Prenons l’apéritif, les vacances en seront le motif.
On s’installe sur le petit balcon en pierre. Vue sur le jardin des propriétaires. En contrebas, sur le toit en tôle d’une remise, trois chatons. La petite, amusée, les regarde jouer. Dans ses yeux une lueur de bonheur trouvé. Ca me fait penser : nous sommes allés bien loin pour l’approcher.
Ma vie est bien avancée. Je n’ai rien vu passer. J’ai envie de pleurer. Faut pas se tracasser, j’ai les vacances pour me reposer…

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